Sophie Gravel honore la force tranquille de sa grand-mère Rolande

Fille de Pauline, petite-fille de Rolande, arrière-petite-fille de Raoul et arrière-arrière-petite-fille d’une pionnière du Nord ontarien nommée Azilda Brisebois Bélanger, Sophie Gravel nous offre un témoignage touchant au sujet de sa grand-mère Rolande Bélanger Léveillé. Rolande est née en 1931 dans le village qui porte le nom de sa grand-mère Azilda, une enseignante et sage-femme qui a été un personnage d’importance historique à Rayside dès son arrivée en 1886. Le village a d’ailleurs été renommé en son honneur (voir arbre généalogique à la fin du texte). Sophie nous raconte que sa grand-mère Rolande n’est ni une enseignante, ni une auteure renommée ou une politicienne, mais qu’elle est une figure emblématique de sa famille. Femme francophone, mère, jumelle, tante, amie, décoratrice de gâteaux et éternelle étudiante, Rolande Bélanger Léveillé est aux yeux de sa petite-fille (et du clan Léveillé-Gravel) rien de moins qu’un ange terrestre…

Léveillé_Rolande

Rolande Bélanger (Léveillé) à l’âge de 16 ans

Je le dis souvent et je veux le dire à jamais : ma grand-mère est la plus belle personne que je connais. Oui, c’est une beauté fatale, mais son âme est inégalable.

Quand j’étais petite, ma mère avait décidé de retourner sur le marché du travail. Elle m’a donc amené chez une gardienne. Là, j’étais malheureuse ! J’ai refusé de parler, de manger et même d’aller aux toilettes pendant toute une journée. La gardienne, découragée, a dit à ma mère qu’elle ne pouvait plus me garder parce que je faisais trop pitié…

Alors, c’est m’a grand-mère Rolande qui m’a ouvert sa porte et son cœur. Même après avoir élevé ses propres enfants — 7 filles ! — elle a accepté de s’occuper non seulement de moi, mais aussi de mes 2 cousins de qui elle prenait déjà soin puisque ma tante était mère-célibataire à cette époque. Rolande Léveillé, femme de dévouement et grand-mère sans pareil, a toujours été là pour soutenir la famille avec grâce et dignité.

C’était trop bien d’aller chez-elle, ma Mem (forme abrégée et affectueuse de mémère). Peu importe la journée ou l’heure, on se sent la bienvenue, car elle est toujours prête à nous recevoir avec plein de bonne bouffe dans le frigo, un congélateur garni et que dire des armoires où sont cachés les desserts ! Même si sa maison est petite, il n’est pas rare de voir de 10 à 30 personnes à la fois chez Mem, pour des soupers fériés ou juste un dîner rapido les mercredis où se rassemblent les membres de la famille qui travaillent en ville. Tous sont les bienvenus. Tous repartent le ventre et le coeur comblés.

Toujours courtoise, Mem ajoute des touches personnalisées à ses repas, soit un thème ou un symbole qui lui fait penser à ses invités. Oui ! ma grand-mère est très attentionnée envers les autres ! Et la pièce de résistance ? Ses célèbres gâteaux ! À preuve, mon gâteau de noces que voici !

Léveillé_Rolande-gateau

À chaque anniversaire, fête religieuse ou accomplissement à souligner dans la famille, ma grand-mère crée de véritables chefs-d’œuvre. Ses gâteaux sont légendaires. Elle ajoute de la beauté et de la joie à nos évènements marquants avec ses talents de créativité qu’elle a développés par amour.

Étudiante éternelle, ma Mem a toujours eu la soif d’apprendre. Cette soif vient-elle peut-être du fait que ma grand-mère a dû abandonner ses études à l’âge de 12 ans pour aider sa mère à prendre soins de ses 15 frères et sœurs ? Même si elle n’a pas eu une éducation formelle, elle a participé à des ateliers de cuisson offerts par des restaurants et épiceries locales et d’autres ateliers locaux, seules vraies options accessibles pour des femmes au foyer à son époque.

Depuis 2009, ma grand-mère suit des cours à l’école des adultes et des cours d’informatique. Elle peut maintenant communiquer via internet avec ses arrière-petits-enfants qui sont éloignés et, à vrai dire, elle nous a même surpassés en connaissance de technologie de l’information !

En 2013, elle a entrepris un nouveau défi : l’obtention de son diplôme d’école secondaire. Je suis fière de dire qu’à l’âge de 82 ans, ma grand-mère a maintenant obtenu son diplôme (DESO) et a même été choisie comme porte-parole à la cérémonie des diplômées. Elle est la fierté de la famille et mérite d’être célébrée.

Ma Mem ce n’est pas quelqu’un qui parle fort ou qui prend trop de place. Ma grand-mère Rolande, c’est une force tranquille qui, par ses gestes et son dévouement, a inspiré ses 7 filles, ses 18 petits-enfants et ses 12 arrière-petits-enfants à être serviables envers la communauté et la famille. Attentionnée aux autres, tout en poursuivant ses intérêts par amour, Rolande Léveillé, ma Mem, est un pilier de notre famille et de notre communauté, et nous l’adorons. Je t’aime Mem, chérie d’amour.

Note : Vous pouvez lire un profil biographique au sujet d’Azilda Brisebois Bélanger, arrière-arrière-grand-mère de Sophie Gravel, sur le blogue « Les femmes de la route 11 : les Elles du Nord » au lien suivant : http://wp.me/p2nDZQ-95

Rolande et sa soeur

Rolande Bélanger Leveille et Fernande Bélanger Armstrong tenant la photo de leurs grand-parents Joseph et Azilda Bélanger . Photo prise en 2009.

Sophie Gravel 5 generations[1]

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Hélène Beaulieu partage ses souvenirs du pensionnat Mont St-Joseph

Dans ce récit, Hélène Beaulieu, native de Strickland dans le Nord-Est ontarien, nous livre non seulement une page de son histoire personnelle en tant que pensionnaire au Mont St-Joseph (MSJ) pendant les années 60 à Ottawa, mais elle nous permet aussi de revivre une époque pas si lointaine où les religieuses jouaient un rôle d’avant-plan auprès des jeunes filles de l’Ontario français. Découvrez le parcours d’Hélène, la demi-juvéniste qui a côtoyé tant l’orphelinat que Rideau Hall dans ses fonctions et responsabiités au pensionnat MSJ…

 

La juvéniste de la famille, c’était Monique, ma sœur un peu plus jeune que moi. C’était elle que mes parents avaient envoyée au pensionnat du Mont St-Joseph. Parce qu’elle était plus studieuse? Pas du tout! Plus espiègle serait plus juste. Alors, pour assurer sa réussite scolaire mes parents l’envoyèrent étudier a Ottawa dans une école privée. La grande ville, le grand couvent!

Monique partit donc pour le pensionnat du Mont-St-Joseph (sous l’hospice des Soeurs de la Charité d’Ottawa) en septembre 1961. Elle devenait juvéniste! Moi, je restais à la maison pour aider maman. Une maison remplie d’enfants (maison que je croyais très grande à l’époque, mais qui, en fait, était si petite !). Une maison en deuil, car on venait d’enterrer mon grand frère de 19 ans qui s’était noyé un beau dimanche de mai.

Donc, je restais et Monique partait. Le sort en avait décidé ainsi. C’est la mort dans l’âme que je l’ai vue partir si loin. Et pourtant, elle, en quittant, moi, en restant, étions bien à notre insu, habitées des mêmes sentiments. J’allais être séparée de ma sœur, mon amie, ma confidente.

De septembre à décembre nous recevions des lettres de Monique. Elle s’ennuyait. Moi, je travaillais avec maman… Je m’ennuyais. À Noël, Monique nous est revenue. Et elle a raconté. Elle a raconté les splendeurs de la ville, les sorties, la belle vie. Elle a raconté ce grand couvent avec ses longs corridors, ses grands escaliers, la chapelle où régnaient le calme, la paix, le silence. Ce silence qu’il me semblait entendre déjà et dont j’étais si assoiffée.

Malgré tout, Monique s’ennuyait de moi et moi d’elle. Alors j’ai osé! J’ai osé demander à maman de repartir avec Monique! Contre toute attente, Maman accepte et je pars moi aussi vers le pensionnat du Mont St-Joseph (PMSJ). Je ne serai pas juvéniste, mais plutôt  demi-juvéniste comme le disaient gentiment les étudiantes. L’année scolaire était déjà trop avancée pour que je puisse joindre les cours d’études régulier, alors, j’ai travaillé dans la cuisine. Toutefois, j’ai étudié par cours du soir au Collège Larocque, ce qui m’a permis plus tard d’accéder au poste de réceptionniste pour le couvent.

Groupe Hélène Beaulieu

Hélène Beaulieu, demi-juvéniste (debout à gauche) et les étudiantes juvénistes du PMSJ, collection Hélène Beaulieu.

Le PMSJ, fondé par les Sœurs Grises de la Croix (congrégation connue aujourd’hui sous le vocable des Soeurs de la Charité d’Ottawa), avait une double fonction. D’une part, celle d’accueillir les orphelins dans l’un de ses deux édifices, et d’autre part, celle d’accueillir des jeunes filles venues pour étudier, et certaines d’entre elles ayant le désir d’entrer en communauté. Les juvénistes étudiaient au PMSJ.
Orphelinat Saint-Joseph

Orphelinat St-Joseph, Terrasse Rideau, Archives Soeurs de la Charité d’Ottawa

Les enfants orphelins (ils étaient environ 200 à cette époque) fréquentaient l’école St-Charles tout près du pensionnat. Je m’attachais beaucoup à eux, les côtoyant régulièrement. Je me souviens, entre autres, d’une famille de 5 enfants dont la mère venait de décéder. Ces pauvres petits s’ennuyaient tellement de leur foyer. Je pense souvent a eux.  J’ai aussi souvenir que parfois  certains d’entre eux tentaient de fuir. Alors m’incombait la tâche de les ramener au bercail. Munie de tablettes de chocolat pour les inciter à revenir,  je me lançais à leur poursuite dans les rues d’Ottawa.

Mais la petite fille du Nord de l’Ontario devenait vite désorientée, car les GPS n’existaient pas à l’époque ! Par prudence (ou était-ce par orgueil?), je ne m’éloignais pas trop du couvent. Après tout, il fallait quand même que je finisse par rentrer….avec ou sans les enfants! Mais ma bonne étoile a fait en sorte que je suis rarement revenue bredouille.
Hélène et orphelines

Hélène Beaulieu et des orphelines au MSJ, collection Hélène Beaulieu

Une autre de mes fonctions consistait à me rendre de temps à autre à la résidence du gouverneur général (à l’époque, c’était Georges Vanier qui occupait ce poste). Mère Supérieure Marie du Bon-Conseil était une grande amie de Mme Pauline Vanier avec qui elle entretenait une correspondance. Elle me demandait de lui porter des lettres ainsi que des dessins realisés par les orphelins. J’étais tellement impressionnée par l’immensité de l’édifice, par l’étendue et la beauté du terrain bien protégé par une imposante clôture de fer forgé! Un gardien toujours en poste m’accueillait à l’entrée. Tout en m’amusant dans ma tête à jouer à la grande dame attendue par Mme Vanier, je me sentais très petite dans mes souliers.

Dans ma mémoire, il y avait environ 30 religieuses qui habitaient au PMSJ à cette époque. Parmi celles-ci, on retrouvait des enseignantes, des responsables des juvénistes, des préposées aux orphelins (cuisinières, couturières, buandières, etc.), et même une infirmière. Bien entendu, un chapelain veillait sur les âmes de tout ce beau monde. Environ 20 employés travaillaient au bon fonctionnement du pensionnat. J’entretenais une bonne relation avec tout le personnel.

J’ai souvenance de ce bel homme Terrence qui avait été accueilli à l’orphelinat à sa naissance.  Il grandit à l’orphelinat, quitta pour la guerre et revint pour y travailler jusqu’à sa mort. Tout le monde aimait Terrence qui était d’une bonté exceptionnelle.

Statue PMSJ

Statue sur le site du pensionnat, un symbole important pour les enfants orphelins, collection Hélène Beaulieu

Le PMSJ avait son système d’alarme bien particulier. Au début des années 1960, dans un si vieil édifice, pas question d’avoir des détecteurs de fumée. C’est un M. Chrétien qui, pendant longtemps, a eu la très grande responsabilité de surveiller l’édifice pendant la nuit. À chaque heure, il devait se lever et faire une tournée de tout l’édifice, nous permettant de dormir en sécurité sachant qu’il veillait au grain.

Je ne peux parler du pensionnat sans évoquer le nom de Soeur Joseph de l’Enfant-Jésus. Humble, bonne, douce, aimable, cette religieuse partageait une très grande générosité d’amour dont débordait son cœur. Soeur Joseph avait 5 soeurs. Je me souviens qu’elle vouvoyait ses sœurs et les appelait chacune par leur nom de religieuse. Toutes appartenaient à la même congrégation — les Soeurs de la Charité d’Ottawa (Soeurs Grises de la Croix).

Orphelines MSJ

Mère supérieure à gauche, Sr Joseph de l’Enfant-Jésus, groupe d’orphelines, collection Hélène Beaulieu

Parmi tous mes bons souvenirs, celui qui est le plus profondément gravé dans ma mémoire restera toujours le grand silence. Encore aujourd’hui, quelques 50 ans plus tard, j’écoute ce silence et je pense au pensionnat du Mont-St-Joseph.

Hélène remercie chaleureusement les Soeurs de la charité d’Ottawa d’avoir ouvert leurs archives en vue de la rédaction de ce récit.

Note historique : L’orphelinat Saint-Joseph à Ottawa a ouvert ses portes en 1865. Il est devenu plus tard le foyer de l’Enfance, puis la résidence Saint-Joseph pour les Sœurs âgées en 1968.  Il a été fermé et démoli en 1970.

http://www.soeursdelachariteottawa.com