Sur la route du courage avec Lucie G. Thériault

Comment arrive-t-on à survivre aux maux de nos enfances, aux blessures, aux injustices commises qui ont troué notre innocence et secoué notre confiance ? Parfois ces maux sont si terrifiants et douloureux que nous n’avons pas les mots pour dire notre détresse, pour décrire notre souffrance, pour guérir nos cicatrices. Et pourtant, c’est exactement le chemin parcouru par l’auteure Lucie G. Thériault, native d’Ottawa. Pendant de longues années, elle s’est reconstruite en faisant face à la misère imposée par son père incestueux, en obtenant de l’aide professionnelle, et surtout, en retrouvant la lumière en elle-même. Au fil des étapes de sa guérison, elle a mûri ses pensées et les offre sous forme d’un livre-guide pour les personnes, qui, comme elles, sont des êtres de courage qui cherchent la sérénité. Voici son histoire…

Lucie Thériault

Lucie G. Thériault. Photo reproduite avec permission.

Il y a plus de quatre ans maintenant que j’ai écrit mon histoire – en anglais et en français. Sous le pseudonyme de Lucie G. Spear, le livre s’intitule A New Legacy for Incest Survivors en anglais et Papa, plus jamais ! Survivre à l’inceste en français.

L’écriture dans ma langue maternelle m’a aidée à guérir des traumatismes de l’inceste…

Je voulais écrire mon histoire, non pas pour décrire en détail les agressions sexuelles perpétrées par mon père, mais plutôt pour décrire mon cheminement vers la guérison. De plus, je me permets de parler de ce que l’on doit faire pour que notre descendance ne reste pas enfermée dans l’enfer que produit l’inceste. Il faut empêcher ce fléau de se perpétuer.

Lucie Thériault livreToute petite, je savais instinctivement que je ne pouvais pas dévoiler le secret familial. Je me disais qu’il fallait que j’attende au moins 20 ans avant de pouvoir en parler. Et à l’âge de 30 ans, j’ai décidé de consulter pour la première fois un psychologue. De là, j’ai commencé à décortiquer mon mal, à soulever l’enveloppe qui entourait la souffrance de cette petite fille. Quel travail du cœur et de l’esprit ! Quelle évolution ! Je ne suis plus la même aujourd’hui ! J’ai appris à bercer et soigner cette enfant que je voulais sans cesse refouler, espérant qu’elle disparaisse.

À l’âge de 17 ans, j’ai supplié l’univers de me montrer le bon chemin de l’amour. Je voulais savoir aimer honorablement. Je ne voulais pas avoir une vie remplie de haine, ou plus tard, faire subir ces sévices aux enfants que j’espérais avoir.

Malheureusement, mon père n’avait pas compris que la haine qu’il dégageait et suscitait lui reviendrait au centuple. Il a choisi, inconsciemment peut-être, de nous transmettre sa haine, son cynisme, sa débauche, etc. Il enviait même le bonheur des autres. Il est décédé sans comprendre que la haine l’avait détruit. À la fin de sa vie, saisissait-il les conséquences de ses actes ?

J’ose croire que ce n’était pas son intention de causer de telles souffrances. C’était un homme créatif, philosophe, travaillant. Ses gestes l’on fait dévier de ce qu’il aurait dû nous enseigner. Je suis bien triste de ne pas avoir eu de père. Pour moi il est mort le jour où il a posé ces gestes d’agresseur sur ma personne, à l’âge de neuf ans. J’ai très longtemps cru que j’étais la seule à être abusée par notre père. Beaucoup plus tard, j’ai appris avec horreur que quatre de mes frères et soeurs étaient aussi ses victimes. Pendant de nombreuses années, nous avons tous subi en silence et en secret ses agressions répétées.

Lors du décès de notre père, mon jeune frère a prononcé ces mots qui témoignent si bien du drame que nous avons vécu : « Bon, le virus est maintenant parti ! » C’est d’une tristesse infinie de léguer un tel héritage à ses enfants. Nous sommes restés inconsolables et les séquelles de ses actes sont encore bien apparentes et bien ressenties.

Comment finir une telle histoire sur une note inspirante et positive ? Je vois que j’ai franchi plusieurs étapes pour ne pas demeurer une victime. Comprendre la souffrance des autres nous amène à se pardonner soi-même et c’est après le pardon que nous pouvons nous aimer en entier. Avec le pardon, la compassion et la patience, on peut vivre pleinement. – LGT

Jeannine Ouellette présente sa soeur Murielle, la politicienne

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Murielle Turcotte

Ma soeur Murielle Turcotte fut élue au Conseil municipal de Moonbeam en 1994. Elle ne marchait dans aucune trace des femmes de notre famille, ni des hommes d’ailleurs, puisqu’à ma connaissance, aucun membre des clans maternel et paternel n’avait fait le saut en politique.

En 1994, Murielle fut la première femme à remporter des élections dans sa municipalité, et en 2014, elle fut réélue pour un 6e mandat consécutif faisant d’elle une des rares femmes, sinon la première femme francophone du Nord de l’Ontario, à réussir un tel exploit. En ce 8 mars 2015, vingt ans après sa première victoire électorale, je lui ai posé 8 questions pour mieux connaître son parcours de politicienne !

HP = Histoires plurielles   MT = Murielle Turcotte

QUESTION 1

HP : Pourquoi as-tu choisi de te lancer en politique en 1994 ?

MT : Avant d’être conseillère, j’ai siégé au comité de récréation et loisirs de Moonbeam. Notre comité organisait des levées de fonds, des carnavals, des activités pour les jeunes, etc. Un conseiller municipal, Jean-Noël Gendron, m’avait alors approchée en me disant qu’il croyait que je serais une bonne conseillère municipale. Sa suggestion a allumé une étincelle !

QUESTION 2 HP : Quel a été ton plus grand défi il y a 20 ans, et comment l’as-tu surmonté?

MT : En étant une première femme élue dans un conseil d’hommes, je voulais avoir le respect des hommes et je peux dire que je l’ai eu dès le début. J’ai pris le temps d’écouter et de comprendre le bon fonctionnement du conseil avant de me lancer dans des projets.

QUESTION 3

HP : Quel est l’aspect le plus gratifiant pour toi de faire de la politique à l’échelle municipale ?

MT : Lorsque tu mets des heures et des heures dans un projet et que tu réussis, le résultat est très gratifiant. La politique a beaucoup changé depuis mes débuts il y a 20 ans. Il faut se débattre autant si non plus aujourd’hui pour conserver nos acquis, et parfois c’est frustrant, mais je n’ai jamais lâché. J’ai toujours aimé les défis même si ces défis sont plus grands dans le Nord rural.

QUESTION 4

HP : Selon toi, qu’est-ce que les femmes apportent à la politique municipale (ou à la politique en général) ?

MT : Je crois que les femmes apportent un sens d’appartenance, d’organisation et d’écoute. Nous sommes davantage axées sur les besoins de la communauté, ce qui s’avère très important en politique, car on travaille pour notre communauté, et non pour soi.

QUESTION 5

HP : Selon ton expérience personnelle, comment pourrions-nous mieux soutenir les élues municipales ? Qu’est-ce qui t’aide, toi personnellement, à rester motivée dans ton rôle de conseillère municipale ?

MT : Depuis que je suis conseillère municipale, je choisis toujours des projets qui visent à améliorer la vie de nos jeunes et de notre communauté en général. Ce qui m’aide à rester motivée, ce sont les gens qui m’appuient dans mes projets et qui m’encouragent à continuer. J’aime beaucoup m’impliquer dans les causes de la francophonie locale, régionale et provinciale également. Je siège au conseil d’administration de l’AFMO (Association française des municipalités de l’Ontario) depuis 2001. J’y ai appris beaucoup au niveau des octrois et c’est important pour moi que la municipalité de Moonbeam soit toujours impliquée dans des partenariats avec l’AFMO, Les Arts et la ville, le RDÉE et autres projets qui enrichissent notre patrimoine.

QUESTION 6

HP : Quelles seraient tes suggestions pour augmenter le nombre de femmes en politique municipale ?

MT : Ce n’est pas facile pour les femmes qui ont une jeune famille, surtout qu’elles sont déjà très impliquées dans la vie scolaire et sportive de leurs enfants. Un des points positifs à souligner est le changement d’attitude que je remarque lorsque je rencontre des maires ou des conseillers partout en province. J’ai même eu le commentaire qu’il devrait y avoir plus de femmes en politique, mais la relève n’est pas toujours là. J’encourage les jeunes femmes à s’impliquer dans les comités de leur communauté, à participer aux réunions municipales et à ne pas avoir peur de poser des questions. Dans une petite communauté comme Moonbeam, les gens s’entraident beaucoup.

QUESTION 7

HP : Quelle est la réalisation dont tu es la plus fière ?

MT : Pour moi, ma plus belle réussite, c’est la fondation du Centre culturel/Galerie d’art en 2006. J’ai convaincu la municipalité d’acheter une des premières maisons construites à Moonbeam et le conseil municipal m’a appuyée dans mon projet. Nous avons ouvert nos portes officiellement en février 2007 et notre programmation continue jusqu’à ce jour avec des expositions et des ateliers variés. Nous avons aussi établi un partenariat dynamique avec notre école élémentaire. J’ai également obtenu plusieurs subventions auprès de la Fondation Trillium, du ministère du Patrimoine canadien et du Conseil des arts de l’Ontario. Aujourd’hui, le centre culturel est physiquement accessible à tous et, de plus, nous avons ajouté la construction d’un studio de sculpture qui ouvrira ses portes en 2015. Je suis aussi très fière de notre festival annuel des arts qui en sera à sa 14e édition en 2015 et auquel s’ajoutent de nouveaux artistes d’année en année. Il faut dire que les artistes qui soutiennent la Galerie à Moonbeam font beaucoup de bénévolat et notre rayonnement ne serait pas possible sans eux.

QUESTION 8

HP : Quel conseil aimerais-tu offrir aux femmes qui souhaitent faire le saut en politique municipale ?

MT : Si les femmes veulent être connues dans leur municipalité, elles doivent être visibles. Je leur conseille de s’impliquer dans leurs communautés, dans leurs écoles, et de temps à autres, aller rencontrer les élu(e)s lors des réunions municipales. Si une femme a un intérêt à devenir politicienne, mon conseil est qu’elle rencontre une politicienne de sa région, pour lui poser des questions et lui laisser savoir qu’elle songe à se lancer en politique. Il ne faut surtout pas avoir d’agenda ! Les politicien(ne)s aiment beaucoup faire des promesses, mais les résultats ne sont pas toujours ceux escomptés ! Une fois élue, l’important est de travailler avec le conseil municipal au complet, de donner nos idées et d’écouter les autres idées, mais l’essentiel se résume en deux mots — travailler ensemble.

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