Denise Jaiko raconte la crise scolaire à Penetanguishene et le pouvoir inspirant des jeunes !

Denise Jaiko

Denise Jaiko

Lors de la 39e AGA de la FESFO tenue à l’école secondaire Le Caron en 2015, Denise Jaiko, enseignante de formation et militante de longue date pour la francophonie en Ontario, a prononcé un discours passionné à Penetanguishene.

En relatant quelques chapitres de sa vie depuis son adolescence engagée à Penetanguishene jusqu’à aujourd’hui, à l’âge des bilans, Denise donne non seulement une voix à son parcours personnel, mais à celui de toute une population en devenir — le peuple franco-ontarien.

À l’âge de 18 ans, Denise dénonça le bilinguisme de façade de son école, et créa ainsi le prélude à la création d’une école française indépendante à Penetanguishene. Voici le discours qu’elle a pronconé à ce sujet lors de l’AGA 2015 de la FESFO.

«Il y a 39 ans passés, j’avais votre âge et j’aurais voulu être ici où vous êtes assis, dans une école de langue française, mais en 1976, ce genre d’école n’existait pas à Penetanguishene. À 12 ans, je n’avais pas accès à une éducation française comme vous. Mes parents ont dû lutter juste pour avoir le transport scolaire. Je n’ai donc pas pu commencer l’école française avant la 7e année, ici à Penetanguishene.

Arrivée en 9e année, je ne pouvais plus poursuivre mes études uniquement en français, car il n’y avait pas d’école secondaire de langue française. J’ai dû fréquenter une école dite bilingue, soit l’École secondaire Penetanguishene Secondary School (maintenant appelée PSS), mais c’était une usine d’assimilation : on rentrait francophone et on sortait anglophone.

On pense souvent que les institutions sont permanentes et que nous n’avons pas le pouvoir de les changer ou de les adapter à nos besoins. Nous croyons qu’il n’y a rien à faire et que l’on doit tout accepter – y compris l’éducation – telle quelle. FAUX ! Le statu quo peut être changé. Nous l’avons fait, ici, à Penetanguishene !

Combien de fois avons-nous entendu que nous ne devrions pas faire de vagues et que nous devions laisser les choses comme elles sont. Essayer de changer le statu quo prend de l’effort, du temps et – surtout – de l’appui, mais changer le monde ne prend parfois que la volonté et le leadership d’une personne. Et, parfois ce premier coup de passion, ce premier geste, devient un moment catalyseur, un point tournant de toute une histoire de lutte, qui par la suite va inspirer les autres à vous appuyer dans votre cause.

Il y a 39 ans, le premier ministre de l’époque, Pierre Elliot Trudeau, professait un Canada bilingue où les droits des Canadiens français seraient respectés. Je croyais en cette vision. J’ai appris que j’avais le droit d’exiger une éducation française.

Frustrée par le faux bilinguisme de mon école secondaire, j’ai décidé d’agir sur les mots sages de mon ancienne directrice d’école élémentaire, Sœur Angéline Moreau (doctorat honorifique) : « Vous les étudiants vous avez du pouvoir; vous vous ne vous rendez pas compte jusqu’à quel point on va vous écouter ».

Denise Jaiko 18 ans

Denise Jaiko, au moment de ses études secondaires

Suite aux mots sages de cette femme, j’ai pris la décision de revendiquer formellement nos droits à une meilleure éducation française à mon école.

À l’âge de 18 ans, j’ai écrit une lettre dans laquelle je dénonçais mon école comme étant une usine d’assimilation. Je décrivais la réalité anglophone de cette école qui ignorait nos besoins et nos droits. J’exigeais des changements.…

J’ai exigé «que les pancartes d’activités scolaires soient bilingues, que les annonces au haut-parleur soient bilingues, que la littérature scolaire émergeant de la direction soit bilingue. Rien de révolutionnaire, vous serez d’accord. Mais ces pratiques, que vous tenez pour acquis aujourd’hui ont provoqué une crise scolaire.

Contrairement à ce que je croyais,  je n’étais pas la seule jeune personne insatisfaite de la situation à mon école. Les représentants des étudiants francophones ont vite appuyé ma lettre. Par la suite, la lettre fut envoyée à mon directeur d’école et aux écoles élémentaires francophones de la région, à l’ACFO, à l’AEFO, au conseil scolaire du comté, etc. Mais, je savais qu’il fallait miser plus loin, à l’extérieur de ma communauté immédiate pour être prise au sérieux. Alors, j’ai envoyé ma lettre au ministre de l’Éducation de l’Ontario, au premier ministre de l’Ontario et au Commissaire aux langues officielles du Canada à Ottawa. Comme ça, les trois paliers gouvernementaux étaient avisés. Il fallait penser en grand, si on voulait que les choses changent !

Entre temps, je subissais la réaction de la communauté anglophone et de certains francophones qui ne voulaient pas créer de vagues et aimaient le statu quo. Tout acte engendre des conséquences, et suite à ma revendication, je me sentais seule, isolée de mes collègues de classes, de certains profs à l’école, de certains parents, etc. J’avais même reçu certaines menaces à l’époque…

Se sentir seule fait partie du processus et on commence à se douter soi-même – on se demande si on a trop poussé. Mais, je croyais dans la justesse de mes revendications et j’avais l’appui des représentants francophones de l’école et de beaucoup de francophones de mon milieu, ainsi qu’à l’échelle provinciale.  Et, au moins, j’avais posé un geste et fait quelque chose avant de quitter l’école secondaire.

La lettre est devenue une sorte de catalyseur, l’arme dont la communauté francophone avait besoin pour mieux mener la lutte à Penetang. Trois ans plus tard, en 1979, avec l’appui de 56 élèves, la « vieille poste Office » sur la rue Main de Penetang (où se retrouvent aujourd’hui les bureaux de la Clé de la baie), est devenu le théâtre d’une école illégale connue sous le nom de l’école de la Huronie, et éventuellement l’école de la Résistance.

Ah, comme j’aurais voulu fréquenter cette école ! Ces étudiants vivaient la politique chaque jour. Par la suite, en 1982, l’école secondaire Le Caron a ouvert ses portes. Vous allez remarquer que toutes les salles de classe de Le Caron portent le nom d’un des jeunes militants de l’époque de l’école de la Huronie : il y a une salle Beausoleil, Belcourt, Bellas, Brennan, Cadeau, Charlebois, Currie, Desrochers, Desroches, Dorion, Dupuis, Galbraith, Jaiko (ma sœur), Ladouceur, Laurin, Lefaive, Marchand, Marchildon, Maurice, Moreau, Robitaille et Vaillancourt !

J’avais un discours philosophique dans ma tête : Je me disais, «oui je suis franco, mais si je n’ai personne avec qui parler,  est-ce que j’existe réellement comme franco» ? Puis-je exister sans l’autre, sans ma communauté française ? Si je suis seule à parler la langue et si je n’ai pas d’amis avec qui je peux parler, est-ce que mon identité est réelle ?

J’ai vite compris que je ne peux exister comme Franco-Ontarienne sans ma communauté franco-ontarienne. Le bien de la communauté garantissait mon bien-être personnel. En construisant ma communauté, j’assurais mon identité, ma propre survie. Je m’impliquais dans toutes les activités francophones de mon milieu. Et enfin, pour fermer la boucle, je suis devenue enseignante dans une école francophone.

En écoutant la musique, les émissions à la radio, en regardant la télé française, les pièces de théâtre, en s’impliquant dans la vie franco-ontarienne d’aujourd’hui, on garantit sa survie future. Alors, consommez la musique française, créez en français et rêvez en grand en français.

Aujourd’hui, la lutte des francos est-elle gagnée ? Nous avons nos services en français, nos conseils de langue française, le droit à l’éducation élémentaire, secondaire et même collégiale, mais les études universitaires restes à désirer. Alors, peut-être que la lutte n’est toujours pas gagnée. Il y a toujours du chemin à faire. Alors, visionnez qui vous êtes et ce que vous voulez être. Quel genre de société voulez-vous ? Dessinez votre communauté, votre milieu, et agissez là-dessus.

Et finalement, lorsque j’avais votre âge, je me disais, «on n’est pas né franco, on le devient». On le devient en s’affichant, en l’affirmant, en vivant notre francité. Notre existence dépend de la façon que nous vivons notre présent. Allons-nous revendiquer nos droits? Allons-nous être des consommateurs de la culture française? N’oublions pas que c’est uniquement en le vivant, en conjuguant la culture dans notre vécu quotidien, en parlant la langue, en créant avec la langue, que nous faisons du français une langue vivante et non une langue morte.

Depuis la loi des services en français en 1986, vous avez de plus en plus de services offerts en français, mais il faut les utiliser. Si vous ne les utilisez pas, si vous ne demandez pas d’être servi en français, ils disparaîtront, et contrairement à la chanson de Paul Demers « Notre Place » qui a été composée pour l’adoption de cette loi, vous allez perdre votre place comme francophone.

Oui, s’identifer comme franco est toujours un geste politique !

On est tous responsable de contribuer à notre identité franco-ontarienne : un pour tous, tous pour un. Je suis votre passé, votre présent, mais vous êtes mon présent et mon avenir. On est tissé ensemble. Et aujourd’hui, je vous passe le flambeau…. »

— Denise Jaiko

NOTES HISTORIQUES :

Suite au rapatriement de la Constitution canadienne et l’adoption de la Charte canadienne des droits et libertés, L’article 23 de la Charte sur le «droit à l’instruction dans la langue de la minorité» reconnait le droit à une éducation de langue française partout au Canada, là où le nombre le justifie.

Les fondations sont en place pour vous et la charpente aussi. Depuis 1998, nous avons eu la création de 12 conseils scolaires de langue française en Ontario. Des institutions qui respectent les droits des francophones en éducation en Ontario. La création de ces conseils permet aux francophones de gérer leurs propres écoles. Et suite à ceci, nous avons beaucoup d’écoles secondaires dans cette région telle que Nouvelle-Alliance et Roméo Dallaire à Barrie et Renaissance à Aurora.

Marie-Luce Monette se souvient de sa formation d’infirmière-auxiliaire à Sturgeon Falls

Marie-Luce Monette

Marie-Luce Sylvestre Monette

Marie-Luce Sylvestre Monette est née à Verner en 1934. Elle a suivi sa formation d’infirmière-auxiliaire (garde-malade auxiliaire) à l’Hôpital Saint-Jean-de-Bréboeuf à Sturgeon Falls en 1954-55. Cet hôpital fut le premier en Ontario à offrir ce type de formation complètement en français !

Madame Monette vit à Saskatoon, Saskatchewan depuis plusieurs années, mais conserve toujours dans sa mémoire les souvenirs chaleureux de son enfance à Verner et de ses années de formation et de travail à Sturgeon Falls.

Merci Madame Monette de nous permettre de revivre des moments précieux à une époque où les formations de garde-auxiliaires se faisaient dans les hôpitaux par les religieuses. 

«J’ai fait mes études à l’Hôpital Saint-Jean-de-Brébeuf à Sturgeon Falls pendant les années 50 sous l’hospice des Filles de la Sagesse. J’ai commencé mon cours de garde-malade auxiliaire le 7 septembre 1954 et j’ai gradué du  programme en 1955.

La cérémonie de la remise de nos coiffes était un grand jour pour les étudiantes. Dans mon cas, la cérémonie eut lieu à la résidence des garde-malades en date du 21 novembre 1955 (Capping Day). Je me souviens que nous avions partagé un bon repas avec nos professeures, des religieuses de la congrégation des Filles de la Sagesse, pour marquer l’occasion. Rien de très élaboré, mais tout de même très bien. Dans le diaporama ci-dessous, vous verrez une photo de Sr Marthe-Marcelle qui aidait à servir le repas le jour de notre remise des coiffes.

Je conserve de bons souvenirs de Sr Marthe-Marcelle. Elle était la soeur de Denise Beaulieu qui était une des étudiantes de notre groupe en 1954-55. Elles étaient toutes deux originaires de l’Orignal dans l’Est ontarien. Le cours de garde-malade auxiliaires à l’Hôpital Saint-Jean-de-Bréboeuf était complètement en français et attirait des étudiantes de Sturgeon Falls et des environs, mais aussi d’autres régions de l’Ontario. Ma soeur Cécile Sylvestre a d’ailleurs suivi le même cours, mais quelques années après moi. Je me souviens aussi très bien de notre directrice  Sr Marie-Alphonse-des-Anges.

Pendant et après mes études, j’ai travaillé dans la nouvelle section de l’hôpital qui a été construite au cours des années 1949 à 1951. À cette époque, l’ancienne partie de l’hôpital (section en avant) servait de résidence aux religieuses.

J’ai bien aimé travailler en pédiatrie et je me souviens bien de Mère Jean-du-Divin-Cœur qui aimait tricoter des petits ensembles de laine pour les bébés. Aussi, de temps à autre, Sr Nicole et Sr Jacqueline nous aidaient à habiller les bébés (après le bain) avec les beaux petits ensembles de couleur pastel faits à la main par la bonne et généreuse soeur Mère Jean-du-Divin-Cœur. Elle venait voir les bébés qui étaient malades mais toujours si beaux; elle les appelait ses petits Jésus. Je me souviens de voir l’expression sur son visage. Comme elle était fière et contente. Nous aussi…

En 1956, j’ai laissé mon emploi à l’hôpital et je suis allée travailler en tant que réceptionniste au bureau du Dr René Cholette à Sturgeon Falls. J’y suis restée jusqu’en 1960, année de mon mariage, et le début d’une nouvelle vie !».