À la rencontre de Mariette Guillotte, Grande Dame de Kapuskasing

Mariette avec robe tisse ouverture de galerie

Mariette Guillotte

Le projet des Elles du Nord s’enrichit de l’histoire des femmes qui ont influencé le développement du Nord. Elles sont nombreuses à avoir aidé à bâtir une société résiliente, fière de ses racines, de ses valeurs et de ses traditions canadiennes-françaises.

Mariette Guillotte figure parmi ces Grandes Dames du Nord.

Mariette est née à Kapuskasing le 25 avril 1934. Ses parents avait quitté leur région natale du Bas-du-fleuve au Québec pour s’établir à Kapuskasing, terre des forêts. À cette époque, les familles du Québec étaient encouragées à venir coloniser le Nord de l’Ontario.

Cet automne, Mariette a accepté de se prêter à une entrevue menée par Angèle Lauzon Albert, bibliothécaire à la Bibliothèque publique de Moonbeam. Par la suite, Angèle m’a fait parvenir l’enregistrement que j’ai eu le plaisir d’écouter  afin de rédiger quelques tableaux de la vie de Mariette Guillotte !

Je les remercie toutes les deux pour le temps qu’elles ont consacré à la transmission et cueillette d’information pour mon projet LES ELLES DU NORD/Histoires Plurielles. Merci Mariette. Merci Angèle. Vous avez enrichi notre histoire collective…

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Fille d’Arthur Dumais et de Marie Souci, conjointe de Jos Guillotte, mère de 8 enfants, grand-mère de 23 petits-enfants et arrière-grand-mère de 12 petits-enfants, Mariette est une chef de file bien connue et fort appréciée dans le Nord-Est de l’Ontario depuis plus de 60 ans. Voici son histoire….

Mariette est née dans une petite maison en bois rond située derrière l’usine de pâte et papier Spruce Falls Power & Paper Co. (devenue Tembec). La maison de son enfance, dans laquelle elle a habité jusqu’à l’âge de 10 ans, a une histoire particulière en ce sens qu’elle fut construite par des prisonniers allemands, internés à Kapuskasing pendant la Première Guerre mondiale. En 1944, la famille Dumais emménagea dans une plus grande maison pouvant accommoder leurs 11 enfants. Enfin l’eau courante et l’électricité !

Mariette raconte qu’à l’époque de l’arrivée de ses parents à Kapuskasing au début des années 30, des Américains protestants anglophones prévoyaient s’établir dans le Nord. Désirant contrer cette vague, les prêtres catholiques canadiens-français encourageaient les familles québécoises à prendre racine à Kapuskasing et les environs. Le gouvernement du Québec remettait la somme de 200$ aux familles qui acceptaient d’émigrer en sol ontarien. Des centaines de familles ont pris la route de l’aventure !

Aux dires de Mariette, sa mère Marie était certainement féministe avant même que le mot soit populaire dans le Nord de la province. Marie Souci a élevé des filles confiantes et habiles et des garçons qui respectaient l’intelligence des femmes. Pour Mariette, tout a toujours été possible – avoir une famille et une vie à l’extérieur du foyer, même dans les années 50 où les codes socio-culturels restreignaient la liberté et les rôles des femmes dans la société. Ses parents lui ont toujours enseigné qu’elle avait les mêmes droits que les hommes.

Après avoir terminé son école primaire à Kapuskasing, Mariette quitta sa famille pour aller étudier pendant quatre ans dans une école d’arts ménagers à Ville-Marie dans le Témiscamingue québécois.

mariette a 17 ans

Mariette à l’âge de 17 ans

Pendant un certain temps, Mariette a cru avoir la vocation et a même songé à un avenir religieux au sein de la Congrégation des Sœurs Grises de la Croix auprès desquelles elle étudiait.

Cependant, son désir d’être mère de famille était fortement éveillé en elle et au bout d’un an, elle mit fin à ses études de postulante. «J’ai un charisme dominant : l’amour», précise Mariette qui a vite compris qu’elle ne pourrait satisfaire aux attentes d’une vie religieuse.

Mais ce fut une vocation transformée et canalisée dans la famille et le bénévolat ! Pour Mariette, le bénévolat est en fait « Dieu va là ». «Le bénévolat, c’est la charité, c’est l’amour, c’est le don de soi et de son temps. C’est l’amour en action.», confirme Mariette. Une mère de famille passe au feu ? Mariette partage ce qu’elle a avec cette femme. Une classe a besoin d’un gâteau pour une célébration à l’école? Mariette confectionne un succulent dessert. Quelqu’un a besoin d’un repas chaud ? Mariette cuisine ! Elle fait d’ailleurs partie de l’équipe de la Popote roulante à Kapuskasing depuis tellement d’années qu’elle a cessé de les compter ! De toute façon, compter n’est pas dans sa nature. «On a reçu beaucoup mon mari et moi. On a mis au monde des enfants merveilleux. En retour, on donne. Il faut qu’on donne. On a été aimés dans la vie et quand tu as de l’amour, il ne te manque plus grand chose. »

marriage 18 sept 1954

Mariette Dumais et Jos Guillotte, le jour de leur mariage, 18 septembre 1954

Souvent appelée à parler à des groupes de femmes ou de jeunes, Mariette aime leur rappeler combien chaque être humain est unique et merveilleux. De sa mère, Mariette dit avoir reçu la dignité, et de son père, l’éloquence, ce qui lui confère une aptitude toute particulière pour la communication. Elle a prononcé d’innombrables conférences tant en français qu’en anglais portant sur trois thèmes prioritaires pour elle : l’estime de soi, la communication interpersonnelle et l’art du rire.

Pour Mariette, la qualité de la vie passe par la qualité des relations, qui, elles, passent par la qualité de la communication. Mariette se dit elle-même «faite de chaleur humaine», élevée à l’époque de la crise où les gens étaient tissés serrés sur les terres et s’entraidaient pour survivre.

Étant elle-même tisserande de métier, l’expression «être tissée serrée avec les gens de sa communauté» pourrait certainement être la devise de sa vie ! Membre des Filles d’Isabelle depuis 55 ans, dont 2 ans à titre de régente, membre de l’UCF♀(l’Union culturelle des Franco-Ontariennes) de Moonbeam, organisatrice de bazars et d’activités communautaires et fière ambassadrice de multiples causes qui lui tiennent à cœur depuis plus de 60 ans : le scoutisme, l’implication dans les comités scolaires, les activités paroissiales, l’entraide aux familles endeuillées, les cueillettes de fonds et d’objets pour les familles démunies… Le bénévolat est un mode de vie pour Mariette. Son modus operandi.

À une époque où les femmes du Nord ne participaient pas encore en très grand nombre au marché du travail (et encore moins si elles étaient mères de famille), Mariette ouvrait grandes les portes. Elle eut un service de traiteur pendant de nombreuses années et cuisina, entre autres, pour les banquets de la Spruce Falls Power & Paper Co.

Elle a aussi marqué la vie de bien des jeunes pendant sa carrière de 23 ans à titre de commis à la bibliothèque de l’école secondaire Cité des Jeunes à Kapuskasing. Elle les encourageait à la lecture, à la satisfaction d’un travail de recherche bien fait et à la motivation d’apprendre. Un élève avait besoin d’un livre qui n’était pas sur les tablettes? Qu’à cela ne tienne ! Mariette empruntait le livre à la Bibliothèque municipale afin que le travail scolaire de l’élève ne souffre pas. Elle n’a jamais hésité à faire le petit geste de plus qui pouvait rendre la vie humaine plus agréable…

Pour cette amoureuse de la vie, tous les apprentissages sont permis, même les études universitaires qu’elle a entreprises à l’Université de Hearst à l’aube de ses 80 ans.  D’ailleurs, son plus grand conseil pour les jeunes d’aujourd’hui : «Qu’ils utilisent leur matière grise. Qu’ils aillent à l’école le plus longtemps possible. Qu’ils ne perdent jamais la chance de suivre un cours et d’approfondir leur savoir.»

Le tissage, la couture, l’art de la courtepointe, et plus récemment, la poterie, ont été au cœur de ses activités artistiques. Elle a suivi de nombreux cours d’artisanat, en a enseigné aussi plusieurs, en plus d’organiser des conférences et de participer à des expositions, seule ou en compagnie d’autres artisanes.

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Qu’elle fasse une «batch de bines» ou qu’elle tisse une couverture, qu’elle parle d’estime de soi ou de l’importance du rire au quotidien, Mariette Guillotte y met toute son âme. Chaque personne compte.

Le Nord tatoué sur le coeur, Mariette termine son entrevue en disant : «On est tellement bien dans le Nord de l’Ontario. Les gens ont peut-être été un peu durs dans le temps des pionniers, sévères même, mais c’est parce que la vie était dure dans ce temps-là. Nos ancêtres ont fait de nous des gens tenaces. On a des têtes de pioche et du cœur au ventre. On n’est pas des lâcheux ici!»

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Crédit photo : John Booth

La personnalité invitante et chaleureuse de Mariette Guillotte est à l’image de ses ancêtres colonisateurs — dynamique, aventurière, positive et dotée de multiples talents. Merci Mariette d’être une étoile du Nord !

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Mariette Guillotte offrant une de ses oeuvres artisanales  à l’honorable Madeleine Meilleur, ministre des Affaires francophones et Procureure générale de l’Ontario