Suzanne Girard Whissell partage une recette de sa grand-mère Albina

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Suzanne Girard Whissell

Suzanne Girard Whissell, native de Timmins, est une gardienne de la mémoire culinaire dans sa famille. Elle a rassemblé les recettes de sa famille Bastarache (du côté maternel) sous forme d’un livre qu’elle a intitulé « Le rouleau à pâte ». Pourquoi ce titre ? Eh bien, imaginez-vous que Suzanne est la fière héritière de tous les rouleaux à pâte des femmes de sa famille (sa mère, ses tantes, sa grand-mère) et même le rouleau à pâte de son père qui a été «cook» dans les chantiers de bûcherons du Nord de l’Ontario ! 

* * *

Sur la couverture de son livre de recettes familiales, on retrouve une illustration d’un rouleau à pâte. Il s’agit du rouleau de sa grand-mère Albina. Ce rouleau centenaire a été fait  à la main en bois de bouleau par Alfred, le conjoint d’Albina, qui lui a remis en cadeau de noces en 1914 !

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Le livre de recettes bilingue contient 130 recettes de la famille Bastarache et est disponible pour achat auprès de l’auteure par courriel à l’adresse suivante : sgwhissell@gmail.com ou par téléphone au Centre culturel de Moonbeam (705-367-2324). Le coût est de 25$ + frais d’envoi.

Suzanne a généreusement accepté de partager la célèbre recette de gâteau aux fruits de sa grand-mère Albina (la recette est aussi dans son livre).  Vous la retrouverez ci-dessous. À une certaine époque, le gâteau aux fruits était confectionné pour le temps des Fêtes, mais aussi pour toutes les noces dans la famille. C’est une tradition canadienne-française.

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Extrait du livre de recettes « Le rouleau à pâte/The Rolling Pin, par Suzanne Girard Whissell

 

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GÂTEAU AUX FRUITS D’ALBINA (½ recette)

La journée avant:

1½ lb raisins

1 lb noix

½ lb amandes

3 tasses fruits mélangés

1 tasse mixed peel

2 tasses cerises rouges

2 tasses cerises vertes

1 c. à thé extrait de vanille

1 c. à thé extrait de cherry

1 c. à thé extrait d’amandes

1 oz d’essence de rhum ou brandy

2 oz Brandy (alcool)

¾ tasse mélasse

½ c. à thé de muscade

½ c. à thé gingembre

½ c. à thé clou de girofle

½ c. à thé cannelle

½ c. à thé tout épices

Bien mélanger ensemble.

Le lendemain :

½ tasse de beurre non salé

1 tasse sucre blanc

6 oeufs

Bien mélanger.

Ajouter 1 tasse d’eau bouillante avec 1½ c. à thé de soda à pâte

Ajouter au mélange 5 tasses farine

Bien mélanger.

Cuire au four 275°F jusqu’à ce que le gâteau commence à lever. Baisser la température du four à 250°F environ 2½ à 3 heures ou jusqu’à la fin de la cuisson. Pour un plat en vitre, réduire la cuisson à 250°F et 225°F.

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Les filles d’Albina : de g. à d. Blanche Pelchat, Laurette Bossé Piché, Alice Ethier, Noëlla Laurin. Remarquez les beignes sur la table ! Une collation sûrement bien méritée après des heures de travail pour nourrir la famille.

 

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De Sacré-Cœur-de-Marie, Québec à Coppell, Ontario : quand une famille se sépare…

À partir des années 1880, des familles pionnières sont venues «bâtir un pays» dans le Nord ontarien. Le long de la route 11, il aura fallu attendre le tournant du siècle pour que les routes et le chemin de fer facilitent les allées et venues des familles à l’âme aventurière.

C’est toujours avec honneur et hommage que l’on se remémore le travail ardu et le courage de nos familles pionnières du Nord de l’Ontario, mais qu’en est-il des familles qui ont été déchirées par cette séparation ? Qu’en est-il de ceux et celles qui ont vu partir les êtres aimés avec un pincement au coeur et des inquiétudes plein la tête ? Les reverraient-ils ? Quand ? Seraient-ils heureux dans leur nouvelle vie dans ce «pays lointain» au milieu de la forêt ? À l’époque, les déplacements étaient difficiles et les ressources financières ne permettaient pas toujours les retours au bercail. Les familles ne savaient pas si, et quand, leurs routes allaient se croiser à nouveau…

Pour ces femmes et ces hommes qui sont venus coloniser le Nord de l’Ontario, l’ennui de leur famille laissée derrière en terre québécoise, acadienne, américaine ou européenne, fut souvent vécu comme une cicatrice au coeur. Et la famille qui voyait partir un des leurs souffrait aussi de cette déchirure.

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Fernande Groleau Gagné, 2016

Du haut de ses 10 ans, Fernande Groleau Gagné a vu partir deux membres de sa famille. Ils ont quitté leur village natal, Sacré-Cœur-de-Marie dans la région de Chaudières-Appalaches, pour se rendre à Coppell en Ontario. La défriche les attendait…

Hugo Tremblay, natif de Val Rita, a rencontré Mme Groleau Gagné pour parler avec elle de ses souvenirs du temps de la colonisation et du départ de son frère et de sa soeur. Voici le résultat de cette rencontre…

HP : Questions par Histoires Plurielles (projet LES ELLES DU NORD)

FGG : Réponses données par Fernande Groleau Gagné

HP : Madame Groleau Gagné, vous avez un frère et une sœur qui ont quitté leur Québec natal pour aller s’installer dans le Nord de l’Ontario, plus précisément à Coppell. Leur départ était en quelle année ?

FGG : Ma sœur Clarina Groleau et son mari Joseph Lehoux ont quitté Sacré-Cœur-de-Marie avec mon frère Léonce Groleau et son épouse Géraldine Huard et sa famille en 1934 pour se rendre à Coppell.

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Joseph Lehoux et Clarina Groleau

HP : Quelles étaient leurs circonstances personnelles à ce moment-là ?

FGG : Ma sœur venait à peine de se marier à Joseph. Mon frère avait 3 enfants. Ils ont quitté Sacré-Cœur-de-Marie pour se rendre à Coppell en camion avec leurs bagages à l’été 1934. Environ deux jours de voyage.

HP : Quels sont les facteurs qui ont influencé leur décision de partir de Sacré-Cœur-de-Marie à l’époque ?

FGG : Mon beau-frère Joseph Lehoux avait déjà un frère qui était établi dans le Nord. Il était certain de trouver de l’ouvrage. C’était la Dépression. Mon frère avait une terre à Sacré-Cœur-de-Marie. Le gouvernement donnait des octrois afin d’ouvrir une terre dans le Nord de l’Ontario. Mon beau-frère a eu un permis de colon lui aussi.

HP : Comment ont-ils vécu ce départ ?

FGG : Ma sœur suivait son mari sans avoir d’attente. Ils sont arrivés dans le bois ! C’était difficile de garder de l’argent dans ce temps-là — il y avait l’obligation de s’établir. Mon beau-frère allait à l’aventure et c’en était toute une !

HP : Vos parents, votre famille, comment ont-ils vécu la situation ? Quels sont vos souvenirs de leur départ ?

FGG : C’était la tristesse. Il y avait une déchirure familiale… 

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Famille Groleau (Fernande est assise sur la chaise à droite avec les pieds croisés). Clarina, la soeur de Fernande, est en haut à gauche (debout). Son frère Léonce, aussi en haut à gauche à côté de Clarina. Il porte la chemise et cravate blanches.

HP : Quels ont été les principaux défis que votre frère et sœur ont relevés dans le Nord au temps de la colonisation ? 

FGG : Il y avait tant de terrain à défricher pour arriver et être accepté par le gouvernement ! L’hiver, la femme restait à la maison et son mari était au chantier.

HP : Qu’est-ce qui vous a marqué le plus dans leur projet de s’établir dans le Nord de l’Ontario ?

FGG : La défriche, les premières maisons, les naissances, les décès…

HP : Lorsque vous êtes allée les visiter, quelles ont été vos impressions du voyage, de la route pour s’y rendre et du village de Coppell ?

FGG : C’était en 1962 pour des funérailles. Je me disais que je ne me rendrais jamais et que je ne reviendrais jamais. J’ai été malade, j’étais fatiguée, tristesse pour les funérailles, chemin de gravel, pas d’asphalte. C’était en plein bois ! J’y suis allée trois fois pour des funérailles et une fois pour des noces d’or. Les derniers voyages étaient plus beaux. Il y avait beaucoup d’amélioration sur les fermes, de beaux troupeaux, de belles maisons et de belles grandes familles. La ferme de mon frère était un succès et il avait réussi à la perfection. Par la suite, les familles sont allées s’établir à Hearst. J’ai souvenir de Coppell. Une petite église, une dizaine de maisons et il n’y avait pas de docteur. Il y avait une sage-femme qui s’occupait des accouchements. Ma sœur et mon frère sont revenus à Sacré-Coeur-de-Marie pour les noces d’or de mes parents en 1957. Nous étions tous réunis ! Mes parents étaient heureux de les voir arriver ! 

NOTE : Fernande est née le 23 décembre 1924. Elle a épousé Jean-Thomas Gagné. Ensemble, ils ont élevé leur famille de quatre enfants à Broughton Station, Québec. Fernande demeure maintenant à Thetford Mines et profite de ses moments pour prier et faire de l’artisanat. Nous la remercions pour sa générosité de coeur, le partage de ses photos et d’avoir accepté de livrer ses souvenirs au sujet du départ de son frère et de sa soeur qui se sont établis dans le Nord de l’Ontario.  Merci beaucoup Mme Groleau Gagné !

REMERCIEMENTS : Je tiens à remercier très chaleureusement Hugo Tremblay d’avoir mené cette entrevue pour le projet LES ELLES DU NORD. Le témoignage de Madame Fernande Groleau Gagné nous permet de mieux comprendre les traces, parfois amères, mais toujours lumineuses de toutes ces familles qui sont parties et de toutes ces familles qui ont laissé partir leurs êtres aimés… Merci aussi à Pierrette Gagné, la fille de Fernande, qui a eu la gentillesse de faciliter la rencontre entre sa mère et Hugo. Merci de tout coeur.

Lucette Lévêque se rappelle le dévouement de sa grand-mère Fernande

Au début des années 70, alors qu’elle était âgée de 12 ans, Lucette Levêque faisait partie du Club 4-H à Fauquier. L’animatrice avait alors demandé aux jeunes filles d’écrire l’histoire d’une personne célèbre. Qui choisir ? On lui fit la suggestion d’écrire l’histoire de sa grand-mère Fernande.

Qui était Fernande et pourquoi était-elle célèbre ? Eh bien, vous verrez qu’elle était une femme d’action, dévouée aux femmes et au développement de sa communauté d’origine et de sa communauté d’adoption. Femme d’engagement, Fernande fut active au sein des regroupements de femmes pendant six décennies.

Sa petite-fille Lucette a eu la gentillesse de s’inspirer du texte écrit de sa plume à l’âge de 12 ans et de ses souvenirs chaleureux pour nous présenter sa grand-mère «célèbre». Et aujourd’hui, comme hier, son cœur est gonflé de fierté quand elle nous parle de grand-maman Fernande… 

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Fernande Lévêque

Quand on m’a demandé de faire l’historique de ma grand mère Fernande, ça m’embêtait un peu, mais à bien y penser, c’est agréable en même temps — une grand-mère comme la mienne qui a été l’âme dirigeante des organisations sociales sur le plan diocésain et provincial pendant un si grand nombre d’années.

J’en aurais long à raconter à son sujet, mais ce que je tiens surtout à vous dire, c’est que ma grand-mère Fernande n’avait pas peur des sacrifices qui s’imposaient. Ce qui lui tenait à cœur plus que tout, c’était de voir les femmes et les filles d’une même paroisse, unies sous un même toit, vers un même but. Elle s’organisait toujours pour avoir une société unie.

Native du Lac St-Jean, ma grand-mère a commencé son oeuvre dans la province de Québec en 1945 en tant que dirigeante paroissiale. Par la suite, elle a suivi des cours de formation sociale dans le diocèse de Chicoutimi de l’Union Catholique des fermières, et de 1947 à 1951, elle fut dirigeante au niveau diocésain.

La famille déménagea dans le Nord de l’Ontario où ma grand-mère poursuivit son oeuvre. En 1952, elle fut la première présidente du Cercle des fermières de Fauquier et en 1954, elle fut responsable de la fondation de comité diocésain de Hearst à Cochrane où elle releva à nouveau le défi de présidente.

En 1958, ma grand-mère fut réélue à la présidence du Cercle de Fauquier. Quelques années plus tard, elle reprit aussi le flambeau de la présidence du diocèse. Au cours des années 60, elle a travaillé en étroite collaboration avec un agronome du gouvernement provincial (M. Demers) afin d’obtenir les services d’une économiste ménagère francophone pour le Nord. Son but a toujours été d’atteindre un plus grand nombre de jeunes filles par l’entremise des Clubs 4-H, qu’elle considérait comme étant un mouvement enrichissant pour les jeunes.

En 1969, sa santé défaillante et des obligations familiales la contraignent à se retirer des fonctions de présidence. Le 9 octobre 1969, le comité diocésain lui a organisé une fête surprise à Fauquier où tous les cercles étaient représentés. On honora ma grand-mère Fernande de compliments et on lui remit un trophée en guise de récompense pour son dévouement inlassable durant sa longue carrière au service de sa communauté.

Mais il n’était pas question pour ma grand-mère de cesser complètement ses activités. Oh non ! Elle n’était pas du genre à se reposer sur ses lauriers ! Son dévouement se poursuivit à titre de directrice générale au palier provincial, ce qui l’amena à se déplacer plusieurs fois par année pour participer aux assemblées du comité directeur à North Bay et à Ottawa.

À l’échelle locale, Fernande continua à encourager l’artisanat et faisait, elle-même, du tissage, du crochet, de la couture, de la broderie, de la peinture… Ma grand-mère, cette Grande Dame du Nord, a fait partie de tous les mouvements de la paroisse de Fauquier, dont les Femmes chrétiennes et l’Union Culturelle des Jeanne D’Arc. Elle fut aussi vice-présidente du comité de la liturgie de la paroisse de Fauquier pendant des décennies. Je n’oublierai jamais le travail et le dévouement de ma grand mère. Elle continue de m’inspirer chaque jour de ma vie. — L.L.

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NOTE HISTORIQUE SUR L’UNION CATHOLIQUE DES FERMIÈRES/L’UNION CULTURELLE DES FRANCO-ONTARIENNES préparée par Jeannine Ouellette

C’est dans la région de Kent et d’Essex qu’un regroupement de femmes, d’abord connu sous le nom de l’Union catholique des fermières de l’Ontario, s’est rassemblé pour la toute première fois en 1936.

Bien à leur insu, ces femmes venaient de donner naissance à ce qui allait devenir le plus important regroupement de femmes francophones dans toute l’histoire de l’Ontario ! À cette époque, des « cercles » comme ceux de Kent et d’Essex, se sont également formés dans l’Est ontarien à Casselman, Wendover, Embrun et Clarence Creek.

On a vu apparaître les premiers 8 cercles dans le Nord de l’Ontario, plus précisément dans le diocèse de Hearst, en 1956. Depuis ses débuts, l’UCF a élu de nombreuses présidentes dont 8 du Nord de l’Ontario. Fernande Lévêque fut la 2e femme du Nord élue à ce poste.