Claire Pilon honore la sagesse de sa mère Edna Frappier Pilon

Dans cet hommage à sa mère Edna, l’auteure et journaliste Claire Pilon exprime le sentiment de beaucoup de gens envers la sagesse de leur maman et la force tranquille de toutes ces femmes qui ont oeuvré pour former des générations d’enfants et des communautés tissées serrées. Aucune vie n’est ordinaire, car le courage de traverser les épreuves, de bâtir une communauté et de défendre les démunis tout en élevant des enfants valeureux et chaleureux, voilà une chose extraordinaire. Rencontrez Edna Frappier Pilon, celle qui croyait à la bonté de la vie et qui laissait des ponts…

unnamed-1Ma mère, Edna Frappier Pilon, n’a jamais été nommée pape ou été élue premier ministre du Canada ni présidente des États-Unis, ou directrice générale d’une grande entreprise.

Pourtant elle possédait toutes les qualités pour très bien remplir tous ces postes et encore plus…

Edna Frappier Pilon était une femme extraordinaire, faisant preuve de plusieurs qualités et étant dotée d’une grande sagesse. Conseillère, gestionnaire financier, gérante de foyer, elle pouvait superviser une variété de projets et réussissait à merveille tout ce qu’elle entreprenait. Et comme elle savait bien épargner !

Ma mère était toujours présente pour me conseiller sans jamais me dire quoi faire. Elle était présente lorsque j’avais des difficultés avec mes études et des problèmes difficiles à résoudre, ou encore lorsque j’avais besoin de conseils. Elle était là pour me guider et me consoler lors de mes peines d’amour, et surtout, elle savait et prenait le temps de m’écouter. Si elle était fâchée, on le le savait, mais c’était sans cri, sans bataille, car ma mère n’a jamais une  seule fois élevé la voix.

unnamed-2

Edna Frappier est née le 6 août 1917. Elle était la fille de Louis Frappier et de Clara Beauchamps, benjamine d’une famille de quatre filles et de quatre garçons. Elle est née à St-Charles et a grandi à Sturgeon Falls. En 1951 elle épousa Raymond Pilon de Larchwood qui, comme maman, avait grandi dans une famille pauvre, sur une ferme. Le mariage a été béni le 21 mai 1951 par monseigneur Joseph Coallier au sous-sol de la paroisse St-Jean-de-Brébeuf puisque l’église était en construction. Ils ont eu cinq enfants, dont moi et mon jumeau (il est décédé à ma naissance), deux garçons et deux filles. Maman me disait souvent qu’elle était garçonnière et qu’elle aimait jouer à la balle. Elle aimait beaucoup le sel et me disait que s’il y avait une réincarnation, elle voulait revenir en vache pour pouvoir lécher les blocs de sel !

Maman était une personne juste qui n’a jamais exécuté de tâches «extraordinaires», mais qui a toujours travaillé dans l’ombre pour la justice. Elle s’impliquait dans les organismes communautaires, mais détestait les honneurs. Une personne a déjà dit d’elle : «Elle ne parle pas beaucoup, mais quand elle parle, ça compte». Ma mère défendait toujours les plus démunis et ceux qui vivaient des situations difficiles. Même si nous étions assez pauvres, nous n’avons jamais manqué de rien. Elle scrutait les ventes afin de pouvoir nous habiller et nous permettre d’avoir des petites gâteries. Chez nous, la porte était toujours ouverte à tous.

Avant d’épouser mon père, Maman a travaillé comme réceptionniste à l’hôpital St-Joseph sous l’égide des Soeurs Grises de la Croix (aujourd’hui connues sous le nom des Soeurs de la Charité d’Ottawa). Elle fut aussi la première caissière à la Caisse populaire St-Jean-de-Brébeuf située dans le quartier du Moulin à Fleur à Sudbury.

 J’attribue, en grande partie, les succès que j’ai connus dans ma vie au fait que depuis mon enfance, ma mère m’a guidée et encouragée sans jamais me forcer ou m’imposer ses convictions. Elle ne m’a jamais dit quoi faire, mais a toujours fait connaître son opinion lorsque je la lui demandais. Elle m’a appris l’importance d’épargner et de ne pas dépenser pour rien.

Maman n’avait pas de talents spécifiques, mais elle pouvait tout faire. Elle était une femme très religieuse et elle priait beaucoup. Elle était convaincue que ses prières étaient exaucées même si elle ne recevait pas ce qu’elle avait demandé. Elle disait: «Il y a toujours une raison pour tout». Elle était membre de plusieurs organismes communautaires dont le mouvement scout, la paroisse St-Jean-de-Brébeuf, les dames de Sainte-Anne, ainsi que le Mouvement des femmes chrétiennes.

Elle croyait beaucoup à la sauvegarde de la culture et de la langue française. Il était interdit pour nous de parler en anglais dans la maison et elle encourageait nos amis de faire de même. Elle me racontait comment nos ancêtres avaient travaillé fort pour que nous puissions parler en français. Elle tenait à continuer à pratiquer les traditions comme la Fête des Rois et celle de la Sainte-Catherine.

Maman était féministe à sa façon. Elle n’a pas brulé son soutien-gorge et n’a pas participé à de grandes démonstrations, mais elle faisait connaître ses opinions toujours en transmettant un message. Elle m’a enseigné à ne pas avoir peur d’exprimer mes opinions et au lieu de la confrontation, elle me montrait la médiation. Un de ses dictons favoris était «Laissez des ponts». Elle participait régulièrement à une émission de radio où elle ne se gênait pas de donner son opinion même si elle offensait parfois certains membres de la hiérarchie ecclésiale. Elle n’avait pas peur d’aider les démunis et de défendre les injustices.

Maman n’a jamais reçu d’honneur ou de certificat de reconnaissance du pape ou du premier ministre ou de n’importe qui d’autre, mais elle aurait dû être reconnue pour le bien qu’elle a fait sans que personne ne s’en rende compte. Elle aurait dû être reconnue pour son oeuvre auprès de toutes ces personnes qu’elle a aidées sans s’en vanter, mais de toute façon, les honneurs étaient sans importance pour elle. Ce qui importait pour Edna Frappier Pilon, c’est qu’elle faisait du bien, qu’elle aidait les gens et qu’elle le faisait pour l’amour de Dieu et non pour la reconnaissance et les hommages des humains.

11960002_920551571377540_7974663584551513763_n

Claire Pilon est l’auteure de nombreux articles et documents historiques, dont le livre «Le Moulin à Fleur», publié en 1983 (réédité en 2011). Claire a dédié cet ouvrage à ses parents Raymond et Edna, ainsi qu’aux membres de sa famille qui ont instauré en elle «une fierté communautaire».

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s