Michelle Couture Veilleux raconte le courage de sa mère, épouse de soldat

Chaque année, nous reconnaissons les soldats qui ont combattu dans les guerres, ceux qui sont décédés ainsi que les vétérans. Michelle Couture Veilleux nous rappelle que les épouses et les mères de ces soldats restent trop souvent dans l’oubli. Pourtant, ces femmes et leurs enfants ont été marqués par la guerre d’une façon tellement tragique, puisqu’elles revivent annuellement certains instants, certains souvenirs… En hommage à sa mère Georgette Ouellette Couture, épouse de soldat, Michelle partage avec nous une période de la vie de sa mère qui n’est pas sans ressembler à celle de plusieurs femmes courageuses. Elle remercie chaleureusement sa tante Claudette Millette d’avoir semé l’idée de soumettre l’histoire de sa maman à HISTOIRES PLURIELLES…

Georgette O. Couture 14

Georgette Ouellette (Couture), à 14 ans

Ma mère est née à Bonfield en Ontario en 1924. Elle avait 10 ans lorsque sa famille est déménagée à Harty.

Comme toute jeune femme de son temps, Maman a grandi dans une famille nombreuse où elle a eu sa large part de tâches ménagères.

De plus, ses parents étaient propriétaires d’un magasin général et, dès son jeune âge, elle a travaillé au magasin à servir la clientèle, peser les aliments secs, les préparer en sacs, ainsi de suite.

Maman a rencontré son futur mari, Fernand Couture, à l`âge de 15 ans. En 1941, Fernand est entré dans l’armée suite aux appels du gouvernement canadien qui avait décidé de se joindre aux Alliés et combattre en Europe. C’est l’année de ses 18 ans que Georgette a épousé Fernand, le 17 août 1942 à 9 heures du matin. Après le dîner chez les parents Ouellette, les nouveaux mariés ont pris le train pour Orillia, Ontario, là où Fernand était stationné avec l’armée.

Georgette Fernand Couture

Fernand Couture et Georgette Ouellette, jour de mariage

Pour Georgette, c’était une aventure nouvelle et intéressante qui commençait. Certes, elle était éloignée de ses parents pour la première fois, mais elle était avec son mari ! Orillia était une grande ville et Maman occupait son temps en allant à la messe tous les matins et en visitant les magasins. Son premier enfant, Marcel, est né quelque 10 mois plus tard. Le bébé avait presque deux mois quand mon père, Fernand, a appris qu’il devait quitter le pays pour se rendre en Europe où la guerre faisait rage. Le 12 août 1943, Fernand, alors âgé de 24 ans, a quitté sa famille bien-aimée. Georgette et son bébé sont alors retournés à la maison paternelle à Harty pour y vivre avec le reste de la famille en l’absence de Papa.

C’est par voie de télégramme que Georgette a appris que Fernand était rendu en Angleterre ! À l’époque des années 40, les médias n’étant pas ceux que nous connaissons aujourd’hui, il fallait se fier aux nouvelles de la radio pour savoir ce qui se passait en Europe. Plusieurs jeunes femmes et mamans vivaient alors en attente constante de nouvelles de la guerre, des développements journaliers et des déplacements des Alliés. Heureusement que Georgette se sentait bien entourée par sa famille, qui a vite fait de donner toute l’attention au poupon. Semaine après semaine, Maman attendait des lettres de son soldat qui lui écrivait tous les jours et elle répondait tout aussi fidèlement, lui donnant des nouvelles du bébé et de la famille.

Georgette envoyait de l’argent mensuellement à une compagnie de cigarettes qui s’assurait d’en envoyer à Fernand. Ses lettres étaient accompagnées de photos et autres petites attentions pour agrémenter la vie de son mari au loin. La vie continuait… Maman se tenait occupée avec son bébé Marcel et elle travaillait aussi pour ses parents. Sa journée commençait toujours par la messe à 7 heures le matin. Certaines journées soulevaient de grandes angoisses à l’idée de ne pas revoir son mari. D’autres proches avaient également joint les rangs de l’armée : un frère Vital ainsi qu’un beau-frère, Roger. Ainsi, les deux familles composaient avec le départ de jeunes hommes vers les pays en guerre. Des inquiétudes de toutes parts…

Les nouvelles arrivaient et, hélas, elles n’étaient pas toujours bonnes. Les Alliés gagnaient du terrain à certains endroits, en perdaient à d’autres. Les annonces d’attaques avaient toujours l’effet de tourmenter Georgette qui ne savait pas où était stationné son mari, car le lieu était gardé secret. Un certain jour de juin, elle a reçu les effets personnels de son mari, lui indiquant que Fernand s’en irait sous peu au champ de bataille. Il est débarqué en Normandie le 6 juin 1944.

La fin de la guerre fut finalement déclarée le 8 mai 1945 ! Ce n’est que 6 mois plus tard, soit le 8 décembre 1945, que Fernand arrivera à Cochrane. Georgette était là pour attendre son retour et les retrouvailles se sont avérées fort heureuses. Le mari qui était parti en 1943 était enfin de retour portant en lui tout un bagage de souvenirs qu’il préfèrait ne pas revivre, mais qui revenait le hanter continuellement.

Depuis le retour de la guerre, la vie de tous les jours était difficile à vivre pour Fernand et pour son entourage. Maman nous explique, entre autres, qu’elle ne pouvait pas laver la vaisselle quand il était dans la maison parce que le simple frottement d’ustensiles les uns sur les autres le faisait sursauter. Son jeune mari était revenu de la guerre portant des séquelles aussi sévères que les jeunes soldats qui reviennent aujourd’hui de l’Afghanistan ou d’autres pays en guerre.

On ne peut que penser comment Maman, et toutes les autres jeunes femmes qui ont accueilli leur soldat, a dû apprendre à vivre avec un homme qui avait tant changé. Après avoir attendu le retour de son mari pendant 2 ans et demi, elle l’avait retrouvé transformé, et pour cause. Maman ne s’est jamais plainte et n’a jamais parlé de la situation. Épouse fidèle qu’elle a toujours été, elle a accepté et a accompagné notre père dans son retour à une vie normale au retour de la guerre.

C’est cette période de la vie de ma mère qui me semblait si importante à partager — pour démontrer la force et le courage de ces femmes qui ont vécu avec les conséquences de la guerre. D’année en année, certaines dates reportent Maman à cette époque : le 6 juin, le 12 août, le 11 novembre, le 8 décembre. Elle repasse dans son cœur les événements reliés à ces jours bien précis, et si nous sommes près d’elle à ces moments-là, nous en parlons, à coup sûr.

Et voilà une autre page d’une femme courageuse qui, encore aujourd’hui à l’aube de ses 91 ans, fait preuve de force, d’attention constante à ses proches et de sérénité.

Georgette O. Couture 91

Georgette Ouellette Couture, août 2014

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