Lisette Lauzon rend hommage à une femme de coeur, sa soeur Colette

Colette Doiron

Colette Doiron

Parfois les femmes d’influence en Ontario français sont tout près de nous, assises à notre table familiale, partageant notre quotidien, nos peines, nos joies et nos défis de tous les jours. Elles sont nos mères, nos tantes, nos grands-mères, nos cousines.

Elles sont aussi nos soeurs, comme c’est le cas dans cet hommage que Lisette Lauzon rend à sa soeur aînée Colette Doiron. Femme de coeur et d’influence, Colette a profondément touché la vie des gens dans son patelin à Matheson et les environs. S’il est un mot qui décrit bien la vie de Colette, c’est le mot «passion». Passion pour l’être humain, pour la vie, pour le don de soi.  Passion pour la famille, l’éducation, l’amitié. Passion pour l’Amour avec un A majuscule.

Fille d’Hector Courchesne et d’Anédine Robitaille, ma soeur Colette est née dans la région de Bouchette au Québec le 6 novembre 1933, mais c’est à Timmins qu’elle a grandi à partir de l’âge de six mois. Elle a fréquenté l’école St-Charles à Timmins et, par la suite, l’Académie Ste-Marie à Haileybury, mais des circonstances familiales ont fait en sorte que ma soeur a dû abandonner ses études afin d’aider la famille de 7 enfants. Pour soutenir les finances familiales, Colette est allée travailler à l’hôpital St-Mary’s de Timmins avec notre soeur Monique.

Colette et famille

Famille Courchesne vers 1954. Colette est la 2e à gauche.

Toujours avide de parfaire ses études, Colette a suivi des cours du soir en dactylographie aux début des années l950, tout en poursuivant son travail à l’hôpital. Belle et dynamique, les prétendants ne se firent pas attendre et ma soeur Colette fixa son regard amoureux sur Clifford Doiron qu’elle a épousé le 28 novembre 1951. Ce fut le début d’une grande aventure marquée de moments inoubliables. Je vous en raconte quelques-uns…

En 1956, Colette et Clifford sont déménagés à Matheson avec leurs deux trésors — leur fille aînée Joanne et leur belle fillette Carole. Peu après, un fils prénommé Guy est venu compléter leur famille. Jeune couple enthousiaste et entreprenant, Cliff et Colette fondèrent, non seulement une famille, mais aussi une entreprise à grand succès dans leur village — la compagnie Matheson Electric.

Colette Doiron, filles

Colette, Clifford et deux de leurs enfants vers 1958

Une fois de plus, Colette relevait les défis sur sa route en gérant tous les aspects du magasin, s’occupant de la vente de meubles et d’appareils ménagers tout en élevant sa famille.

Autodidacte, elle apprenait sur le tas et fut en mesure de rapidement assumer le rôle de comptable, secrétaire, agente d’achats, de facturation et de paye. Quel talent ma soeur ! De plus, elle assurait la décoration du magasin d’une main de maître, si bien que tous et toutes s’y sentaient les bienvenus.

Malgré ces nombreuses tâches journalières, Colette trouvait le temps de s’impliquer auprès du mouvement local des Guides afin de permettre à ses filles de s’épanouir sous son oeil vigilant de cheftaine. Avec l’appui de Cliff, elle offrait aussi des classes pour les francophones dans sa maison. Eh oui ! Pendant deux ans, Colette a enseigné, sans rémunération, dans une chambre au deuxième étage de sa demeure familiale. Éventuellement, Cliff a ajouté une rallonge qui a servi de classe où Colette a enseigné le français et l’anglais, de la première à la quatrième année, aux enfants de son village.

Au niveau communautaire, ma soeur toujours mis la main à la pâte. Elle a oeuvré au CWL (Catholic Women’s League) pendant plus de 50 ans, non seulement à titre de membre, mais aussi à titre de présidente et représentante locale, provinciale et nationale. Elle a été membre du South Cochrane Housing District pendant 5 ans (1978-1983) et secrétaire-fondatrice du Club de motoneige. En plus de ses activités paroissiales à l’église Marie-Reine-du-Monde, ma soeur Colette était correspondante pour le journal hebdomadaire THE ENTERPRISE d’Iroquois Falls. Parmi ses nombreuses habiletés, elle avait celui d’une belle plume… Une femme douée.

Lorsque Colette cessa ses activités d’enseignement, elle mit son ardeur au service de la promotion de l’éducation francophone et catholique. Elle fut élue conseillère scolaire et investissa aussi de nombreuses heures au service de divers députés de sa région. Elle siégea aux bureaux de direction de plusieurs bibliothèques et fonda la bibliothèque publique de Ramore. Ma soeur, l’infatiguable héroïne du quotidien…

En 1994, ma soeur Colette, qui avait oeuvré au sein du conseil de direction de Minto Counselling Centre, a pris sa retraite, mais fidèle à elle-même, elle s’engagea dans une autre cause : les soins palliatifs locaux. Nombreux sont les comités auxquels elle a siégé, toujours dans le but d’améliorer le sort des plus démunis. De 1994 à 1996, elle a dirigé le groupe de travail pour étudier les soins requis dans les hôpitaux de la région. Des infirmières, médecins, gestionnaires d’établissements de soins de santé et des représentants scolaires participaient à son groupe de travail.

Vous ne serez par surpris d’apprendre que ma soeur fut maintes fois élogée pour son dévouement et sa contribution. Elle a reçu de nombreux témoignages de reconnaisance, dont une plaque de la part du député John McDougall en 1983. En 1986, elle fut reconnue publiquement par l’adminstration de sa municipalité pour son travail au sein du comité récréatif. Elle accepta aussi le George McArthur Bulletin Award du Club Rotary en 1988 et en 1989. Le prestigieux Paul Harris Fellowship des Rotary lui fut décerné en juin 1990 pour son bénévolat, en collaboration avec Cliff, au sein de leur communauté.

Le couronnement de sa carrière a été sans aucun doute sa nomination par le gouvernement provincial comme juge de paix en 1993. Après une vie bien remplie, ma soeur nous a quittés en 2014 laissant un vide impossible à remplir, mais aussi le souvenir d’une Grande Dame qui a laissé des traces de lumière partout où elle est passée.

On se souviendra toujours de la petite Colette qui aimait tellement la lecture que Maman devait lui dire de fermer son livre pour venir à table, de ses poèmes qu’elle récitait joyeusement par coeur, de sa présence remplie de bonté auprès de sa famille dans nos moments les plus difficiles, de l’odeur enivrante de ses tartes aux bleuets qui châtouillaient notre nez, des leçons de natation qu’elle nous donnait dans l’eau froide de la petite baie de Sesekinika et de son accueil incomparable… Colette, ton legs se poursuit par ta descendance (6 petits-enfants et 13 arrière-petits-enfants) et notre souvenir impérissable. Merci ma soeur !

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