UNE VIE TISSÉE D’AMOUR ET DE COURAGE : Édith Lepage Crête rend hommage à sa grand-mère Lydia

Les pionnières de l’Ontario Nord ont relevé des défis hors du commun. Quand on se rapproche de leur vie, on se rend vite compte de la force inébranlable de leur courage et de l’amour incommensurable qu’elles ont porté à leur famille. Telle est l’histoire de Lydia Mailloux Filion, une femme qui habite le coeur et les rêves de sa descendance. Mère de 14 enfants, Lydia a quitté son Québec natal au bras de son mari Arthur en 1929, ne se doutant pas que la vie lui réservait des épreuves déchirantes. Lydia Filion a défié les revers du destin et les difficultés sur sa route, léguant son courage en héritage et des traces de lumière sur la route des gens qui l’ont connue et aimée. Sa petite-fille Édith raconte la vie de sa grand-mère extraordinaire, généreuse et admirable.

Screen Shot 2017-11-16 at 2.15.27 PM.png«Je commence par vous dire que ma grand-mère est, pour les Filion, une femme qui a réussi sa vie. Dans l’histoire de la province et du pays, elle prend sa place auprès des grandes pionnières du Nord de l’Ontario qui se démarquent par leur courage. Je n’hésite pas à souligner que ma grand-mère devint le pilier qui porta sa famille vers la réussite. Elle fut l’une de ces grandes personnalités qui brilla tout au long de sa longue existence, tant par son dévouement que par son amour pour l’humanité, sa foi et sa charité chrétienne.

Lydia Mailloux naquit le 25 octobre de l’an 1900 à Cacouna, petite ville du Québec en bordure du St-Laurent. Elle grandit au sein d’une famille de sept frères et une soeur qui décéda dans la fleur de l’âge. Lydia de nature joviale, fut grandement choyée par ses parents et ses frères. Portant en elle le don musical, elle jouait de la harpe et de l’harmonica. L’écriture lui était aussi facile.

La famille Mailloux à Cacouna. Lydia est la première à droite.

Screen Shot 2017-11-16 at 2.09.29 PM.pngC’est en 1920 qu’elle célébra son mariage avec Arthur Filion de l’Ile Verte. Établis à Cacouna les nouveaux mariés acquièrent une ferme et un restaurant. Les automobilistes de la route fort achalandée pouvaient aussi y faire le plein d’essence. Mon grand-père Arthur, attiré par les récits de ses deux frères Vital et Philias Filion installés à Fauquier et à Moonbeam et propriétaires de magasin général, sentit à son tour l’appel du Nord. C’est alors qu’en 1929, après le de décès de mère Mailloux, Lydia et Arthur, accompagnés de leurs sept enfants (dont Aurèle qui n’avait que 8 mois et qui décéda 10 mois plus tard d’une maladie inconnue) entreprirent le long voyage en train vers Moonbeam — une contrée inconnue. Ils s’installèrent dans une maison sur la rue de l’église qui deviendra plus tard la résidence du premier médecin de Moonbeam, Dr Guillaume Soucie.

Hélas, les nuits furent vite perturbées par les pleurs des enfants. Les parents réalisèrent rapidement que les punaises étaient à la source des larmes. Graduellement, l’infestation fut maîtrisée par les produits courants dont on ignorait la toxicité. C’était là le prélude des difficultés à envisager dans une communauté naissante au début du siècle. Un nouveau point de départ loin de ses proches et sans commodités telle que l’électricité, les soins de santé et les cuisines bien assorties qui étaient déjà connues au Québec.

Lydia organisa rapidement un foyer relativement confortable avec l’aide de sa fille aînée Cécile, alors âgée de 7 ans, tandis qu’Arthur et ses fils aînés s’affairaient à toutes sortes de besognes pour nourrir la famille et accumuler des économies dans le but d’acheter une terre en friche. La vie était dure, d’une rigueur constante. Lydia, Cécile, et même la petite Fernande, vaquaient aux tâches ménagères incessantes. En plus du train journalier, il y avait le tricot, le cannage des viandes et des légumes, la cueillette des fruits sauvages, le tissage, le tressage de tapis, le filage de la laine, la teinture, le tannage des peaux d’animaux, la confection de vêtements, et bien d’autres tâches sur une liste sans fin. Leur ingéniosité et leur grande adaptabilité leur permirent de ne manquer de rien et même, de prêter main forte à ceux qui avaient moins de ressources.

En 1933, Arthur était devenu propriétaire d’une belle terre sablonneuse à 2 milles et demi au-delà du rang St-Joseph à Moonbeam. L’entreprise familiale de la culture et de la vente de patates devint prospère par la percée d’un marché régional. À parti de 1942, Lydia, appuyée par ses enfants, secondait son époux dans une autre entreprise établie par Arthur, un moulin à scie. Le processus avant le sciage était long et difficile. Les engagés et les garçons de la famille devaient bûcher le bois, charroyer les billots sur le lac gelé l’hiver pour en faciliter le transport au printemps jusqu’en bordure du moulin a scie. Chacun avait sa « job ». Il en était de même pour les autres qui bossaient dans les autres bâtiments du campement. Cécile, maintenant jeune adolescente, s’occupait de faire les repas pour les travailleurs. Un « homme à tout faire » maintenait l’ordre au dortoir tout en exécutant ses autres tâches d’entretiens.

Entre 1939 et 1946, une série de malheurs s’abattit sur la famille. Pendant cette période qui dura 7 ans, Lydia a vécu trois deuils déchirants — deux de ses enfants et son époux sont décédés. Leon fut happé de plein fouet par une voiture, Rosaire contracta la tuberculose et Arthur eut un accident de travail en 1946 à l’âge de 53 ans. De plus, en décembre 1944, la maison familiale contenant tous les biens fut rasée par un incendie. Même M. le curé Cimon convenait que les épreuves devaient cesser…

La communauté aimante de Moonbeam ne tarda pas à mobiliser toute l’aide nécessaire pour offrir vêtements, nourriture et meubles à la famille en détresse qui trouva éventuellement refuge dans leur garage au village. On y installa les nécessités du temps. Quelques années passèrent avant qu’une maison soit érigée tout près de là pour y accueillir ma grand-mère et ses enfants. C’est avec un grand trou dans le coeur que chaque membre de la famille a poursuivi ses activités.

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Lydia eut le bonheur et la satisfaction de voir plusieurs de ses fils devenir des entrepreneurs habiles, alors que les plus jeunes de ses enfants, garçons et filles, ont choisi les études et l’enseignement. Enfin le ciel s’ouvrait devant un avenir plus radieux, et la famile Filion pouvait profiter des progrès de l’époque.

Ma grand-mère refusa de nombreuses invitations en vue de fréquentations, choisissant de demeurer fidèle à son cher défunt Arthur et à sa famille bien-aimée qui l’entourait. Les nombreux petits-enfants et arrière-petits-enfants l’estimaient telle une HÉROÏNE d’un temps révolu. Lydia désormais moins occupée employait son temps à voir s’épanouir sa lignée familiale, à prier, à s’occuper de ses fleurs, de son entourage et de ses chatons.

Le 10 mai 1969, Lydia fut honorée par sa communauté lorsque les notables de Moonbeam lui décernèrent le titre de Mère de l’année. D’une humilité exemplaire, Lydia avait peine à accepter d’être célébrée par sa famille et sa communauté…

Elle s’éteignit en février de l’an 2000 alors qu’elle allait franchir le cap de ses cent ans quelques mois plus tard. Elle laisse derrière elle le souvenir immortalisé d’une femme courageuse qui contribua au développement du nord Ontarien. Pour ses proches, sa mémoire brosse le portrait d’un être extraordinaire dont la bonté et l’amour continuent d’inspirer les descendants de la famille Filion. Voilà pourquoi malgré le temps et les générations, il arrive que l’on nomme une petite fille Lydia en son honneur.»

Témoignage rédigé par Édith Lepage Crête, fière petite-fille de Lydia Mailloux Filion

 

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Jeannine Ouellette présente sa soeur Murielle, la politicienne

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Murielle Turcotte

Ma soeur Murielle Turcotte fut élue au Conseil municipal de Moonbeam en 1994. Elle ne marchait dans aucune trace des femmes de notre famille, ni des hommes d’ailleurs, puisqu’à ma connaissance, aucun membre des clans maternel et paternel n’avait fait le saut en politique.

En 1994, Murielle fut la première femme à remporter des élections dans sa municipalité, et en 2014, elle fut réélue pour un 6e mandat consécutif faisant d’elle une des rares femmes, sinon la première femme francophone du Nord de l’Ontario, à réussir un tel exploit. En ce 8 mars 2015, vingt ans après sa première victoire électorale, je lui ai posé 8 questions pour mieux connaître son parcours de politicienne !

HP = Histoires plurielles   MT = Murielle Turcotte

QUESTION 1

HP : Pourquoi as-tu choisi de te lancer en politique en 1994 ?

MT : Avant d’être conseillère, j’ai siégé au comité de récréation et loisirs de Moonbeam. Notre comité organisait des levées de fonds, des carnavals, des activités pour les jeunes, etc. Un conseiller municipal, Jean-Noël Gendron, m’avait alors approchée en me disant qu’il croyait que je serais une bonne conseillère municipale. Sa suggestion a allumé une étincelle !

QUESTION 2 HP : Quel a été ton plus grand défi il y a 20 ans, et comment l’as-tu surmonté?

MT : En étant une première femme élue dans un conseil d’hommes, je voulais avoir le respect des hommes et je peux dire que je l’ai eu dès le début. J’ai pris le temps d’écouter et de comprendre le bon fonctionnement du conseil avant de me lancer dans des projets.

QUESTION 3

HP : Quel est l’aspect le plus gratifiant pour toi de faire de la politique à l’échelle municipale ?

MT : Lorsque tu mets des heures et des heures dans un projet et que tu réussis, le résultat est très gratifiant. La politique a beaucoup changé depuis mes débuts il y a 20 ans. Il faut se débattre autant si non plus aujourd’hui pour conserver nos acquis, et parfois c’est frustrant, mais je n’ai jamais lâché. J’ai toujours aimé les défis même si ces défis sont plus grands dans le Nord rural.

QUESTION 4

HP : Selon toi, qu’est-ce que les femmes apportent à la politique municipale (ou à la politique en général) ?

MT : Je crois que les femmes apportent un sens d’appartenance, d’organisation et d’écoute. Nous sommes davantage axées sur les besoins de la communauté, ce qui s’avère très important en politique, car on travaille pour notre communauté, et non pour soi.

QUESTION 5

HP : Selon ton expérience personnelle, comment pourrions-nous mieux soutenir les élues municipales ? Qu’est-ce qui t’aide, toi personnellement, à rester motivée dans ton rôle de conseillère municipale ?

MT : Depuis que je suis conseillère municipale, je choisis toujours des projets qui visent à améliorer la vie de nos jeunes et de notre communauté en général. Ce qui m’aide à rester motivée, ce sont les gens qui m’appuient dans mes projets et qui m’encouragent à continuer. J’aime beaucoup m’impliquer dans les causes de la francophonie locale, régionale et provinciale également. Je siège au conseil d’administration de l’AFMO (Association française des municipalités de l’Ontario) depuis 2001. J’y ai appris beaucoup au niveau des octrois et c’est important pour moi que la municipalité de Moonbeam soit toujours impliquée dans des partenariats avec l’AFMO, Les Arts et la ville, le RDÉE et autres projets qui enrichissent notre patrimoine.

QUESTION 6

HP : Quelles seraient tes suggestions pour augmenter le nombre de femmes en politique municipale ?

MT : Ce n’est pas facile pour les femmes qui ont une jeune famille, surtout qu’elles sont déjà très impliquées dans la vie scolaire et sportive de leurs enfants. Un des points positifs à souligner est le changement d’attitude que je remarque lorsque je rencontre des maires ou des conseillers partout en province. J’ai même eu le commentaire qu’il devrait y avoir plus de femmes en politique, mais la relève n’est pas toujours là. J’encourage les jeunes femmes à s’impliquer dans les comités de leur communauté, à participer aux réunions municipales et à ne pas avoir peur de poser des questions. Dans une petite communauté comme Moonbeam, les gens s’entraident beaucoup.

QUESTION 7

HP : Quelle est la réalisation dont tu es la plus fière ?

MT : Pour moi, ma plus belle réussite, c’est la fondation du Centre culturel/Galerie d’art en 2006. J’ai convaincu la municipalité d’acheter une des premières maisons construites à Moonbeam et le conseil municipal m’a appuyée dans mon projet. Nous avons ouvert nos portes officiellement en février 2007 et notre programmation continue jusqu’à ce jour avec des expositions et des ateliers variés. Nous avons aussi établi un partenariat dynamique avec notre école élémentaire. J’ai également obtenu plusieurs subventions auprès de la Fondation Trillium, du ministère du Patrimoine canadien et du Conseil des arts de l’Ontario. Aujourd’hui, le centre culturel est physiquement accessible à tous et, de plus, nous avons ajouté la construction d’un studio de sculpture qui ouvrira ses portes en 2015. Je suis aussi très fière de notre festival annuel des arts qui en sera à sa 14e édition en 2015 et auquel s’ajoutent de nouveaux artistes d’année en année. Il faut dire que les artistes qui soutiennent la Galerie à Moonbeam font beaucoup de bénévolat et notre rayonnement ne serait pas possible sans eux.

QUESTION 8

HP : Quel conseil aimerais-tu offrir aux femmes qui souhaitent faire le saut en politique municipale ?

MT : Si les femmes veulent être connues dans leur municipalité, elles doivent être visibles. Je leur conseille de s’impliquer dans leurs communautés, dans leurs écoles, et de temps à autres, aller rencontrer les élu(e)s lors des réunions municipales. Si une femme a un intérêt à devenir politicienne, mon conseil est qu’elle rencontre une politicienne de sa région, pour lui poser des questions et lui laisser savoir qu’elle songe à se lancer en politique. Il ne faut surtout pas avoir d’agenda ! Les politicien(ne)s aiment beaucoup faire des promesses, mais les résultats ne sont pas toujours ceux escomptés ! Une fois élue, l’important est de travailler avec le conseil municipal au complet, de donner nos idées et d’écouter les autres idées, mais l’essentiel se résume en deux mots — travailler ensemble.

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