Jeannine Ouellette présente sa soeur Murielle, la politicienne

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Murielle Turcotte

Ma soeur Murielle Turcotte fut élue au Conseil municipal de Moonbeam en 1994. Elle ne marchait dans aucune trace des femmes de notre famille, ni des hommes d’ailleurs, puisqu’à ma connaissance, aucun membre des clans maternel et paternel n’avait fait le saut en politique.

En 1994, Murielle fut la première femme à remporter des élections dans sa municipalité, et en 2014, elle fut réélue pour un 6e mandat consécutif faisant d’elle une des rares femmes, sinon la première femme francophone du Nord de l’Ontario, à réussir un tel exploit. En ce 8 mars 2015, vingt ans après sa première victoire électorale, je lui ai posé 8 questions pour mieux connaître son parcours de politicienne !

HP = Histoires plurielles   MT = Murielle Turcotte

QUESTION 1

HP : Pourquoi as-tu choisi de te lancer en politique en 1994 ?

MT : Avant d’être conseillère, j’ai siégé au comité de récréation et loisirs de Moonbeam. Notre comité organisait des levées de fonds, des carnavals, des activités pour les jeunes, etc. Un conseiller municipal, Jean-Noël Gendron, m’avait alors approchée en me disant qu’il croyait que je serais une bonne conseillère municipale. Sa suggestion a allumé une étincelle !

QUESTION 2 HP : Quel a été ton plus grand défi il y a 20 ans, et comment l’as-tu surmonté?

MT : En étant une première femme élue dans un conseil d’hommes, je voulais avoir le respect des hommes et je peux dire que je l’ai eu dès le début. J’ai pris le temps d’écouter et de comprendre le bon fonctionnement du conseil avant de me lancer dans des projets.

QUESTION 3

HP : Quel est l’aspect le plus gratifiant pour toi de faire de la politique à l’échelle municipale ?

MT : Lorsque tu mets des heures et des heures dans un projet et que tu réussis, le résultat est très gratifiant. La politique a beaucoup changé depuis mes débuts il y a 20 ans. Il faut se débattre autant si non plus aujourd’hui pour conserver nos acquis, et parfois c’est frustrant, mais je n’ai jamais lâché. J’ai toujours aimé les défis même si ces défis sont plus grands dans le Nord rural.

QUESTION 4

HP : Selon toi, qu’est-ce que les femmes apportent à la politique municipale (ou à la politique en général) ?

MT : Je crois que les femmes apportent un sens d’appartenance, d’organisation et d’écoute. Nous sommes davantage axées sur les besoins de la communauté, ce qui s’avère très important en politique, car on travaille pour notre communauté, et non pour soi.

QUESTION 5

HP : Selon ton expérience personnelle, comment pourrions-nous mieux soutenir les élues municipales ? Qu’est-ce qui t’aide, toi personnellement, à rester motivée dans ton rôle de conseillère municipale ?

MT : Depuis que je suis conseillère municipale, je choisis toujours des projets qui visent à améliorer la vie de nos jeunes et de notre communauté en général. Ce qui m’aide à rester motivée, ce sont les gens qui m’appuient dans mes projets et qui m’encouragent à continuer. J’aime beaucoup m’impliquer dans les causes de la francophonie locale, régionale et provinciale également. Je siège au conseil d’administration de l’AFMO (Association française des municipalités de l’Ontario) depuis 2001. J’y ai appris beaucoup au niveau des octrois et c’est important pour moi que la municipalité de Moonbeam soit toujours impliquée dans des partenariats avec l’AFMO, Les Arts et la ville, le RDÉE et autres projets qui enrichissent notre patrimoine.

QUESTION 6

HP : Quelles seraient tes suggestions pour augmenter le nombre de femmes en politique municipale ?

MT : Ce n’est pas facile pour les femmes qui ont une jeune famille, surtout qu’elles sont déjà très impliquées dans la vie scolaire et sportive de leurs enfants. Un des points positifs à souligner est le changement d’attitude que je remarque lorsque je rencontre des maires ou des conseillers partout en province. J’ai même eu le commentaire qu’il devrait y avoir plus de femmes en politique, mais la relève n’est pas toujours là. J’encourage les jeunes femmes à s’impliquer dans les comités de leur communauté, à participer aux réunions municipales et à ne pas avoir peur de poser des questions. Dans une petite communauté comme Moonbeam, les gens s’entraident beaucoup.

QUESTION 7

HP : Quelle est la réalisation dont tu es la plus fière ?

MT : Pour moi, ma plus belle réussite, c’est la fondation du Centre culturel/Galerie d’art en 2006. J’ai convaincu la municipalité d’acheter une des premières maisons construites à Moonbeam et le conseil municipal m’a appuyée dans mon projet. Nous avons ouvert nos portes officiellement en février 2007 et notre programmation continue jusqu’à ce jour avec des expositions et des ateliers variés. Nous avons aussi établi un partenariat dynamique avec notre école élémentaire. J’ai également obtenu plusieurs subventions auprès de la Fondation Trillium, du ministère du Patrimoine canadien et du Conseil des arts de l’Ontario. Aujourd’hui, le centre culturel est physiquement accessible à tous et, de plus, nous avons ajouté la construction d’un studio de sculpture qui ouvrira ses portes en 2015. Je suis aussi très fière de notre festival annuel des arts qui en sera à sa 14e édition en 2015 et auquel s’ajoutent de nouveaux artistes d’année en année. Il faut dire que les artistes qui soutiennent la Galerie à Moonbeam font beaucoup de bénévolat et notre rayonnement ne serait pas possible sans eux.

QUESTION 8

HP : Quel conseil aimerais-tu offrir aux femmes qui souhaitent faire le saut en politique municipale ?

MT : Si les femmes veulent être connues dans leur municipalité, elles doivent être visibles. Je leur conseille de s’impliquer dans leurs communautés, dans leurs écoles, et de temps à autres, aller rencontrer les élu(e)s lors des réunions municipales. Si une femme a un intérêt à devenir politicienne, mon conseil est qu’elle rencontre une politicienne de sa région, pour lui poser des questions et lui laisser savoir qu’elle songe à se lancer en politique. Il ne faut surtout pas avoir d’agenda ! Les politicien(ne)s aiment beaucoup faire des promesses, mais les résultats ne sont pas toujours ceux escomptés ! Une fois élue, l’important est de travailler avec le conseil municipal au complet, de donner nos idées et d’écouter les autres idées, mais l’essentiel se résume en deux mots — travailler ensemble.

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