Suzanne Girard Whissell partage une recette de sa grand-mère Albina

IMG_0819

Suzanne Girard Whissell

Suzanne Girard Whissell, native de Timmins, est une gardienne de la mémoire culinaire dans sa famille. Elle a rassemblé les recettes de sa famille Bastarache (du côté maternel) sous forme d’un livre qu’elle a intitulé « Le rouleau à pâte ». Pourquoi ce titre ? Eh bien, imaginez-vous que Suzanne est la fière héritière de tous les rouleaux à pâte des femmes de sa famille (sa mère, ses tantes, sa grand-mère) et même le rouleau à pâte de son père qui a été «cook» dans les chantiers de bûcherons du Nord de l’Ontario ! 

* * *

Sur la couverture de son livre de recettes familiales, on retrouve une illustration d’un rouleau à pâte. Il s’agit du rouleau de sa grand-mère Albina. Ce rouleau centenaire a été fait  à la main en bois de bouleau par Alfred, le conjoint d’Albina, qui lui a remis en cadeau de noces en 1914 !

2 books_0004.jpg

Le livre de recettes bilingue contient 130 recettes de la famille Bastarache et est disponible pour achat auprès de l’auteure par courriel à l’adresse suivante : sgwhissell@gmail.com ou par téléphone au Centre culturel de Moonbeam (705-367-2324). Le coût est de 25$ + frais d’envoi.

Suzanne a généreusement accepté de partager la célèbre recette de gâteau aux fruits de sa grand-mère Albina (la recette est aussi dans son livre).  Vous la retrouverez ci-dessous. À une certaine époque, le gâteau aux fruits était confectionné pour le temps des Fêtes, mais aussi pour toutes les noces dans la famille. C’est une tradition canadienne-française.

Screen Shot 2016-04-29 at 1.55.27 PM

Extrait du livre de recettes « Le rouleau à pâte/The Rolling Pin, par Suzanne Girard Whissell

 

Screen Shot 2016-04-29 at 2.11.42 PM

GÂTEAU AUX FRUITS D’ALBINA (½ recette)

La journée avant:

1½ lb raisins

1 lb noix

½ lb amandes

3 tasses fruits mélangés

1 tasse mixed peel

2 tasses cerises rouges

2 tasses cerises vertes

1 c. à thé extrait de vanille

1 c. à thé extrait de cherry

1 c. à thé extrait d’amandes

1 oz d’essence de rhum ou brandy

2 oz Brandy (alcool)

¾ tasse mélasse

½ c. à thé de muscade

½ c. à thé gingembre

½ c. à thé clou de girofle

½ c. à thé cannelle

½ c. à thé tout épices

Bien mélanger ensemble.

Le lendemain :

½ tasse de beurre non salé

1 tasse sucre blanc

6 oeufs

Bien mélanger.

Ajouter 1 tasse d’eau bouillante avec 1½ c. à thé de soda à pâte

Ajouter au mélange 5 tasses farine

Bien mélanger.

Cuire au four 275°F jusqu’à ce que le gâteau commence à lever. Baisser la température du four à 250°F environ 2½ à 3 heures ou jusqu’à la fin de la cuisson. Pour un plat en vitre, réduire la cuisson à 250°F et 225°F.

Screen Shot 2016-04-29 at 1.56.24 PM

Les filles d’Albina : de g. à d. Blanche Pelchat, Laurette Bossé Piché, Alice Ethier, Noëlla Laurin. Remarquez les beignes sur la table ! Une collation sûrement bien méritée après des heures de travail pour nourrir la famille.

 

Advertisements

Lise Goulet présente sa grand-mère Blanche Gauthier Bérini

Sur les pas de Blanche… de Buckingham à Cobalt à Timmins 

Au tournant du 20e siècle (fin des années 1890), lorsque Blanche Gauthier a commencé sa carrière d’enseignante dans les écoles de rang du Québec, elle devait être loin de se douter que son chemin d’avenir se tracerait sur les routes du Nord de l’Ontario, et encore moins, qu’elle mettrait au monde une famille d’entrepreneurs et d’artistes incluant le célèbre peintre Clément Bérini — un modèle pour les aspirants artistes du Nord, surtout à partir des années 1970 alors que les arts, en milieu francophone, prenaient leur envol en Ontario. Lise Goulet se rappelle l’influence de sa grand-mère Blanche, mais aussi, de sa mère Marcelle, fille de Blanche…

Née à Buckingham au Québec, ma grand-mère, Blanche Gauthier, a fait ses études auprès des Sœurs grises à Hull. Après avoir complété son école normale, elle a commencé sa carrière d’enseignante dans une école de rang à Buckingham.

Au début des années 1910, elle a accepté un poste d’enseignante à l’école catholique séparée St-Hilarion à Cobalt dans le Nord de l’Ontario. Ma grand-mère Blanche a donc enseigné durant l’infâmie du Règlement 17 qui enlevait à tout élève le droit d’être instruit en français en Ontario !

St Hilarion

L’école séparée catholique St-Hilarion a été frappée par la foudre en 1925 (ou 1926). Réduite en cendres, elle a été reconstruite sur la rue Lang en 1927, et démolie dans les années 50. Archives de la bibliothèque de Cobalt.

Blanche Gauthier Bérini

Blanche Gauthier avec ses élèves à l’école St-Hilarion à Cobalt entre 1912 et 1915.

Quelques années plus tard, invitée par le curé Thériault de Timmins à venir joindre le personnel enseignant à Timmins, ma grand-mère a ouvert un nouveau chapitre de sa vie lorsqu’elle y a rencontré mon grand-père, l’homme d’affaires Joseph Bérini. C’est avec Joseph que Blanche a fondé une vie et une famille de 6 enfants à Timmins, dont ma mère Marcelle.

La famille de mon grand-père Joseph Bérini était originaire de Taino, une ville près de Vérone dans le Nord de l’Italie. Lorsque sa famille a émigré au Canada en 1888, elle s’est installée à Fort William (Thunder Bay). Mon grand-père, homme d’affaires inspiré, a été prospecteur, copropriétaire d’une mine d’or (Vimy Gold Mine dans le district de Cochrane) et propriétaire garagiste à Timmins.

Tous les enfants Bérini ont poursuivi des études secondaires dans les écoles privées francophones en Ontario ou au Québec et plusieurs d’entre eux ont suivi dans les traces de mes grand-parents. Deux de mes oncles Bérini ont été entrepreneurs comme leur père — oncle Jean-Paul, qui a été propriétaire de garage à Timmins et oncle Moïse, qui a été le propriétaire-fondateur de Typo-Press, une imprimerie réputée du Nord de l’Ontario. Moïse a également été membre du groupe fondateur du Centre culturel La Ronde de Timmins.

Deux autres fils laisseront leur marque dans le domaine artistique, Jean-Charles, artiste et photographe spécialisé en photographie aérienne et en dessin, ainsi que Clément, artiste peintre de renommée et mentor pour des générations d’artistes dans le Nord de l’Ontario.

Marcelle Goulet

Marcelle Bérini-Goulet au Gala du Théâtre français de Toronto le 8 mai 2014

Ma mère Marcelle, la troisième de la famille, a suivi dans les pas de ma grand-mère en étudiant à la même école que sa mère.

Bien que le Règlement 17 s’est quelque peu assoupli, l’école au palier élémentaire est subventionnée par le denier public depuis 1928, il est toujours en vigueur au palier secondaire. Ma mère va donc obtenir son diplôme d’enseignante chez les Sœurs grises de Hull.

Après ses études à Hull, ma mère est retournée à Timmins où elle a épousé mon père Armand Goulet. Mes parents sont déménagés à Ottawa en 1959 et mon père est décédé l’année suivante d’un terrible accident en milieu de travail; il était à vérifier la solidité de la structure dans une mine à Chibougamau lorsque celle-ci s’effondra.

Au début des années 1960, ma mère, une jeune veuve d’à peine 35 ans, a dû trouver un emploi pour gagner sa vie et subvenir aux besoins de ses enfants — mon frère Pierre a 7 ans, moi 2 ans, tandis que mon cousin Raymond Robillard, adopté par mes parents avant le déménagement à Ottawa, a presque 10 ans. Ma mère fait de la suppléance dans les écoles de langue française puis est devenue enseignante du français langue seconde auprès des fonctionnaires haut placés du gouvernement fédéral. À la fin des années 1960, elle s’est spécialisée dans l’enseignement de la maternelle et a fait carrière dans les écoles élémentaires d’Aylmer jusqu’en 1983, date à laquelle elle a pris sa retraite. 

Moi, petite-fille de Blanche et fille de Marcelle, je marche dans le sillage professionnel des femmes de ma famille. En effet, à l’insu de ma grand-mère qui n’a jamais soupçonné que je deviendrais enseignante (elle est décédée en 1968 alors que j’étais encore enfant) et encore moins, militante pour la cause francophone en Ontario, j’ai dû en quelque part, être très frappée par sa force de caractère.

De Buckingham à Cobalt à Timmins, Blanche a tracé une route de pionnière. Outre sa générosité à l’égard du clergé et des oeuvres caritatives, elle menait grand train dans la Ville de Timmins tout en gérant la maisonnée et la maison d’une main ferme. Elle tenait les cordons de la bourse et fit la tenue de livres du dernier commerce de mon grand-père, le Timmins’ Garage. Elle n’avait pas froid aux yeux et fut même la première femme à porter le pantalon à Timmins, et la première femme à conduire une voiture dans cette ville ! Tout un exploit pour une femme de son époque et dans cette communauté !

À ma mère, dont l’esprit pragmatique m’a fait jumeler art et éducation, je dois aussi le courage de foncer devant l’adversité, ainsi que l’amour de l’aventure et du voyage. J’ai appris à enseigner à ses côtés; elle était extrêmement douée pour l’enseignement et très à l’avance de son temps. Elle appliquait intuitivement des stratégies d’enseignement qui, aujourd’hui, sont à la fine pointe en matière de pédagogie !

Et je dois aussi beaucoup à mon oncle Clément dont j’ai toujours admiré le talent et sa façon bien particulière d’aborder l’art en un mélange de créativité, d’humour et de travail. De lui, j’ai appris à m’engager, non seulement face à l’expression personnelle dans ma pratique artistique, mais aussi dans les causes qui me tiennent à cœur.

Grâce à leur influence, je suis devenue enseignante d’arts visuels au palier secondaire. Lorsqu’en 1997-98, la loi scolaire a accordé aux francophones la pleine gestion de leurs écoles, j’ai été embauchée pour gérer la création du premier programme-cadre d’éducation artistique entièrement rédigé par des francophones pour des francophones : le Règlement 17 était finalement chose du passé. Depuis 2004, je suis agente d’éducation au ministère de l’Éducation à Toronto, et je poursuis toujours mon travail en tant qu’artiste. L’héritage Gauthier-Bérini — la francophonie, l’éducation et les arts, continuent de vivre en moi ! Blanche, Marcelle, Clément et bien d’autres encore ont formé qui je suis devenue. Je chéris leur mémoire et j’espère toujours être à la hauteur de leurs espérances.