Les mémoires d’Annette

1957

Annette St-Jean Lafrenière, 1957

En l’an 2000, alors qu’elle avait 83 ans, Annette St-Jean Lafrenière prend stylo et papier et entreprend de rédiger ses souvenirs d’enfance.  Quel cadeau pour sa famille ! Elle raconte une enfance au sein d’une famille heureuse et chaleureuse et ses bonheurs de vivre dans une communauté tissée serrée…

À la lecture des mémoires d’Annette, c’est toute une époque qui revit sous nos yeux — l’époque des valeurs familiales ancrées dans le quotiden des gens, l’époque de l’entraide généreuse, mais aussi du dur labeur de nos ancêtres.

Annette St-Jean a grandi auprès d’une mère enseignante et d’un père cultivateur et entrepreneur. Elle a des racines franco-américaines, une âme canadienne-française. Elle-même entrepreneure, elle fut propriétaire du Centre du Coupon, un magasin au coeur du village de Verner. Son magasin était un point de rencontre et d’amitié pour les femmes de son patelin. Découvrez la famille St-Jean dont l’histoire nord-ontarienne remonte à 1898 ! Merci à Carole Lafrenière-Noël, fille d’Annette, de nous avoir permis de profiter des souvenirs de sa mère.

SOUVENIRS D’ENFANCE RÉDIGÉS PAR ANNETTE ST-JEAN LAFRENIÈRE

annette

Annette St-Jean Lafrenière, vers l’an 2000

dolores-2

Albert St-Jean et Doloris Roberge, jour de leur mariage, 1917

«Nous sommes en l’an 2000. Je suis l’aînée d’une famille de dix enfants. Mon père se nomme Albert St-Jean et ma mère, Dolorise Roberge. Mon père est né à Red Lake Falls, Minnesota, le 4 juillet 1892. Ma mère est née à Providence, au Rhode Island. Elle était la fille de Donalda Beaudry et d’Ovila Roberge.

Mes parents se sont mariés le 8 janvier 1917 à
Notre-Dame du Lac à Lavigne, Ontario.

 

Mon grand-père, Amable St-Jean, était venu des États-Unis avec ma grand-mère, Léa Plante, pour s’installer en 1898 à Notre-Dame du Lac, à Lavigne, Mon grand-père défrichait un morceau de terre et construisait ensuite une maison de log. Une fois la maison terminée, il en recommençait une autre pour la vendre, et ainsi de suite. Dans sa maison, il avait installé une échelle pour monter se coucher dans sa chambre à coucher. Son lit était une paillasse de foin fou.

annette-3

Annette et son père

Mon père, Albert St-Jean, n’est pas allé à l’école; il chassait la perdrix. Mon père a eu la chance de se marier, en 1917, avec Dolorise Roberge, une enseignante de 18 ans. A ce moment là, ils demeuraient à Cobalt, Ontario. C’est là où je suis née, en 1918. J’ai visité la petite maison où je suis née en 1939, lors de mon voyage de noces.

Mes parents ont déménagé à Verner, sur une ferme à 5 milles du village, lorsque j’avais un an et demi. Mon père faisait la chasse au chevreuil. Il y avait beaucoup d’animaux sauvages dans ce temps-là. J’ai même vu un renard argenté, des renards jaunes, des rats musqués, des belletes, etc. Mon père vendait les peaux. Il y avait aussi beaucoup de poissons.

Je suis allée à la pêche à l’âge de 12 ans dans le ruisseau. Il y avait un bateau fait de planches rough. Il y avait tellement de poissons que le bateau se balançait d’un bord à l’autre. Mon père les attrapait dans son dart. Dans un rien de temps, il remplissait une poche de poissons. À la maison, ma mère était très occupée à canner du chevreuil et du poisson.

Dans ce temps là, mes grand-parents vivaient à 2 milles de chez nous. Lorsque j’avais 7 ans, je suis allée avec un petit traineau leur porter un rôti de chevreuil. Grand-mère St-Jean portait une longue jupe fleurie avec un bonnet blanc. Elle m’a servi du sirop de blé d’inde blanc avec de la crème. Grand-père était né avec une petite main. Il a vécu jusqu’à 86 ans. Ma grand-mère est décédée très jeune du coeur, alors que j’avais 9 ans.

annette-2

École de campagne à Verner, vers 1923. Annette St-Jean est est la 2e de gauche dans la rangée du bas. Les petites filles portent des robes confectionnées à partir de poches de farine, qui, à l’époque, étaient faites de coton imprimé de petites fleurs.

L’été, mon père coupait du bois. Il faisait très chaud. Je suis allée lui porter une chaudière d’eau. Lors que je suis arrivée là, il était tout en sueur. Il a toujours travaillé très fort, au bout de ses forces. Au printemps, il avait un banc de scie. Nous, les enfants, on l’aidait à scier ce bois-là. On le vendait l’hiver à Sturgeon Falls pour $5.00 le voyage. Mon père partait en sleigh avec, dans le dash, une cane de marmelade pour son lunch.

Un beau jour, il nous a fait une surprise: il est arrivé avec un gramophone que l’on crinquait. On avait quelques disques. Mais il l’a retourné et il est revenu avec un violon pour $5.00. Ils m’ont envoyée chez un voisin qui jouait du violon. J’ai pris 5 leçons. Faut croire que j’avais de la facilité parce que je pouvais apprendre les airs de la chanson. Je me souviens être assise sur le gril de la fournaise dans la salle à dîner, en train de jouer du violon. Dans ce temps là, le plancher était peinturé orange.

L’été on faisait les foins. Moi, je conduisais les chevaux, sur le râteau et aussi à la grand fourche. Mon père faisait les vayoches. Un jour je conduisais les chevaux sur le voyage de foin; mon père avait acheté une jeune jument de l’Ouest canadien – une Wild West attrapée dans les champs. Les chevaux sont partis en fous. Le voyage de foin faisait le tour dans le champ. Il a ensuite versé sur le côté, moi dedans. Mon père était jeune dans ce temps là; il est venu à bout d’attraper ses chevaux. Il avait payé $25.00 pour cette jument. Elle s’appelait Doll. Pour pouvoir l’atteler, il s’était fabriqué une grande broche de 8 pieds de long pour l’attacher au bacu et au quinqué. Il avait une enclûme dans la remise toute équipée pour ferrer les chevaux.

L’été, ma mère et nous, les enfants, on allait aux bleuets. On les vendait pour pouvoir avoir quelques morceaux de linge pour l’école. On faisait venir notre linge chez Eaton à Toronto. C’était dans le temps de la crise. L’été on marchait nu pied pour aller à l’école. Il y avait 50 enfants dans l’école de campagne.

moutons-1Mon père avait une cinquantaine de moutons. Au printemps, je l’aidais à tondre les moutons. Au bout de la ferme se trouvait le lac Nipissing. Mon père avait fabriqué un chaland. Il traversait le lac Nipissing (un mille et demi) avec ses moutons et les amenait à l’Ile aux Chênes pour l’été. Il retournait les chercher à l’automne.

Un automne il en manquait deux; il est retourné les chercher dans la neige pour pouvoir les attraper. Au printemps, il fallait laver la laine au lac et la faire sécher sur le galet. Cette laine était envoyée à Thurso, Québec pour qu’elle soit filée et teinte en rouge, noir, bleu et naturelle, à deux et trois brins. Ma mère avait une machine à tricoter. On était bien chaussé pour l’hiver. Elle faisait aussi des sous-vêtements à mon père avec la laine à deux brins. J’ai vu mon père porter ces sous-vêtements même l’été; il disait que ça buvait la sueur. Maman vendait le reste de la laine à Cache Bay. Elle nous confectionnait des robes pour l’école avec des poches de farine faites de coton fleuri.

Dans ce temps là, il y avait douze ruches d’abeilles. Mon père ne savait pas lire, alors ma mère lui lisait les directives dans un livre. Lorsqu’un essaim partait, il fallait qu’il le ramasse avec un drap blanc et qu’il le mette dans une nouvelle ruche avec la reine. Il avait un extracteur et, en septembre, il coulait son miel. Je me souviens qu’il aimait beaucoup son miel. Une année, il a récolté 24 gallons qu’il a tout mangé durant l’hiver. Nous, les enfants, on était bien tanné de manger du miel dans notre lunch à l’école.

Un printemps, mon père a eu une opération d’appendicite. ll n’a pas pu travailler de tout l’été. Dans ce temps-là, la médecine n’était pas beaucoup avancée. Il a fallu engager un homme à $2.50 par jour. Un jour, mon père devait de l’argent au médecin, mais il n’avait rien pour le payer. Il est allé voir le député Théodore Legault à Sturgeon Falls, qui lui a trouvé de l’emploi au Camp Borden. Quand il a eu assez d’argent pour payer le médecin, il est revenu à la maison; il s’ennuyait trop.

Durant ce temps-là, maman allait à l’étable le matin. Moi, j’avais douze ans. Je faisais le déjeuner pour les enfants : des crêpes de sarazin et du sirop de sucre brun. C’était en 1930. On tirait les vaches à la main. On se servait d’un séparateur pour séparer la crème du lait. On versait la crème dans un baril que l’on brassait pendant une heure pour faire du beurre que l’on rinçait ensuite à l’eau claire. Maman le mettait dans un grand bol en bois pour faire une livre. C’était très bon du beurre frais et des légumes frais. Nous avions seulement des légumes frais de notre jardin durant l’été. Les carottes étaient conservées dans le brin de scie dans la cave et on avait un carré de patates pour l’hiver. L’automne, les tomates mûres étaient cannées.

Aux Fêtes, on faisait les boucheries de boeuf, de lard, etc. La viande était gelée en morceaux. Elle était mise dans des sacs et on la conservait dans le grain pour l’hiver. On n’avait pas de radio. On avait cependant une lampe à l’huile pour faire nos devoirs le soir. Un jour, on a eu une lampe aladin; ça faisait toute une différence; on avait une belle lumière fluorescente. L’hiver, le linge était séché dans la cave sur des cordes.

Le lac Nipissing était au bout de la ferme, c’est-à-dire à un mille et demi de distance. Mon père a décidé de construire des cabines dans les années ’40. Il a fait arpenter dix lots où il a construit ses cabines. Dans ce temps là, les Américains venaient faire la pêche. C’était surtout des gens de l’Ohio. Une année, il y a eu une inondation. Alors, ils se sont rendus de la maison aux cabines en bateau sur le fossé. Maman allait faire le ménage dans les cabines.

camp-alouette-2

Plus tard, les Américains ont cessé de venir. Mon père a vendu les cabines. Il a fait arpenter d’autres lots; il y en avait 19 en tout. C’est là qu’il a commencé le trailer park. Mon père et ma mère passaient tous les deux l’été au lac durant l’été. Ils administraient tout ça: louer des bateaux, vendre des minots, voir à l’entretien, driller un puit pour avoir de la bonne eau, installer l’électricité. Maman faisait un jardin au lac. Ils avaient une bonne santé. Ils se sont construits une maison au village à Verner pour passer les hivers. Ils ont vécu 68 ans ensemble dans leur belle maison. Maman à 86 ans a été un mois à l’hôpital avant de décéder le 2 novembre 1984. Après que maman est partie, mon père est allé au Château à Sturgeon. Il est décédé un an plus tard, le 14 novembre 1985, à l’âge de 92 ans. Le bon air du lac les a conservés pour longtemps.

De ces lots au bord du lac, nous en avons tous hérités. On s’est construit de beaux chalets. La jeune génération maintenant demeure en ville. Il y en a de tous les âges. Ils se réunissent pour faire du bateau, du ski, de la pêche, de la baignade et surtout, des barbecues. Ca leur appartient…».

Annette St-Jean Lafrenière, née à Cobalt en 1918, est décédée paisiblement à l’Hôpital Général de North Bay, le 25 mars 2007 à l’âge de 88 ans.

1966 a 83.jpg

Annette St-Jean Lafrenière dans son magasin, le Centre du Coupon à Verner, vers 1966. 

Souvenir de sa fille Carole : «Dans les années ’60, ma mère a décidé d’ouvrir un magasin de tissus avec un peu d’argent qu’elle avait hérité de ses parents. Pour elle, ce petit magasin est devenu une grande source de plaisir et une façon d’arrondir les fins de mois.  Elle adorait choisir les tissus, étaler la nouvelle marchandise, manipuler les bobines de fil, toucher les textures différentes, accueillir les dames qui venaient magasiner, rencontrer les commis voyageurs, etc. Il faut dire qu’elle confectionait tous nos vêtements, à partir de nos petites robes jusqu’à nos caleçons !»

De Sacré-Cœur-de-Marie, Québec à Coppell, Ontario : quand une famille se sépare…

À partir des années 1880, des familles pionnières sont venues «bâtir un pays» dans le Nord ontarien. Le long de la route 11, il aura fallu attendre le tournant du siècle pour que les routes et le chemin de fer facilitent les allées et venues des familles à l’âme aventurière.

C’est toujours avec honneur et hommage que l’on se remémore le travail ardu et le courage de nos familles pionnières du Nord de l’Ontario, mais qu’en est-il des familles qui ont été déchirées par cette séparation ? Qu’en est-il de ceux et celles qui ont vu partir les êtres aimés avec un pincement au coeur et des inquiétudes plein la tête ? Les reverraient-ils ? Quand ? Seraient-ils heureux dans leur nouvelle vie dans ce «pays lointain» au milieu de la forêt ? À l’époque, les déplacements étaient difficiles et les ressources financières ne permettaient pas toujours les retours au bercail. Les familles ne savaient pas si, et quand, leurs routes allaient se croiser à nouveau…

Pour ces femmes et ces hommes qui sont venus coloniser le Nord de l’Ontario, l’ennui de leur famille laissée derrière en terre québécoise, acadienne, américaine ou européenne, fut souvent vécu comme une cicatrice au coeur. Et la famille qui voyait partir un des leurs souffrait aussi de cette déchirure.

12939650_1549037038730397_135880679_n

Fernande Groleau Gagné, 2016

Du haut de ses 10 ans, Fernande Groleau Gagné a vu partir deux membres de sa famille. Ils ont quitté leur village natal, Sacré-Cœur-de-Marie dans la région de Chaudières-Appalaches, pour se rendre à Coppell en Ontario. La défriche les attendait…

Hugo Tremblay, natif de Val Rita, a rencontré Mme Groleau Gagné pour parler avec elle de ses souvenirs du temps de la colonisation et du départ de son frère et de sa soeur. Voici le résultat de cette rencontre…

HP : Questions par Histoires Plurielles (projet LES ELLES DU NORD)

FGG : Réponses données par Fernande Groleau Gagné

HP : Madame Groleau Gagné, vous avez un frère et une sœur qui ont quitté leur Québec natal pour aller s’installer dans le Nord de l’Ontario, plus précisément à Coppell. Leur départ était en quelle année ?

FGG : Ma sœur Clarina Groleau et son mari Joseph Lehoux ont quitté Sacré-Cœur-de-Marie avec mon frère Léonce Groleau et son épouse Géraldine Huard et sa famille en 1934 pour se rendre à Coppell.

12969382_1549037022063732_1755018193_n

Joseph Lehoux et Clarina Groleau

HP : Quelles étaient leurs circonstances personnelles à ce moment-là ?

FGG : Ma sœur venait à peine de se marier à Joseph. Mon frère avait 3 enfants. Ils ont quitté Sacré-Cœur-de-Marie pour se rendre à Coppell en camion avec leurs bagages à l’été 1934. Environ deux jours de voyage.

HP : Quels sont les facteurs qui ont influencé leur décision de partir de Sacré-Cœur-de-Marie à l’époque ?

FGG : Mon beau-frère Joseph Lehoux avait déjà un frère qui était établi dans le Nord. Il était certain de trouver de l’ouvrage. C’était la Dépression. Mon frère avait une terre à Sacré-Cœur-de-Marie. Le gouvernement donnait des octrois afin d’ouvrir une terre dans le Nord de l’Ontario. Mon beau-frère a eu un permis de colon lui aussi.

HP : Comment ont-ils vécu ce départ ?

FGG : Ma sœur suivait son mari sans avoir d’attente. Ils sont arrivés dans le bois ! C’était difficile de garder de l’argent dans ce temps-là — il y avait l’obligation de s’établir. Mon beau-frère allait à l’aventure et c’en était toute une !

HP : Vos parents, votre famille, comment ont-ils vécu la situation ? Quels sont vos souvenirs de leur départ ?

FGG : C’était la tristesse. Il y avait une déchirure familiale… 

12968778_1549037082063726_479066089_n

Famille Groleau (Fernande est assise sur la chaise à droite avec les pieds croisés). Clarina, la soeur de Fernande, est en haut à gauche (debout). Son frère Léonce, aussi en haut à gauche à côté de Clarina. Il porte la chemise et cravate blanches.

HP : Quels ont été les principaux défis que votre frère et sœur ont relevés dans le Nord au temps de la colonisation ? 

FGG : Il y avait tant de terrain à défricher pour arriver et être accepté par le gouvernement ! L’hiver, la femme restait à la maison et son mari était au chantier.

HP : Qu’est-ce qui vous a marqué le plus dans leur projet de s’établir dans le Nord de l’Ontario ?

FGG : La défriche, les premières maisons, les naissances, les décès…

HP : Lorsque vous êtes allée les visiter, quelles ont été vos impressions du voyage, de la route pour s’y rendre et du village de Coppell ?

FGG : C’était en 1962 pour des funérailles. Je me disais que je ne me rendrais jamais et que je ne reviendrais jamais. J’ai été malade, j’étais fatiguée, tristesse pour les funérailles, chemin de gravel, pas d’asphalte. C’était en plein bois ! J’y suis allée trois fois pour des funérailles et une fois pour des noces d’or. Les derniers voyages étaient plus beaux. Il y avait beaucoup d’amélioration sur les fermes, de beaux troupeaux, de belles maisons et de belles grandes familles. La ferme de mon frère était un succès et il avait réussi à la perfection. Par la suite, les familles sont allées s’établir à Hearst. J’ai souvenir de Coppell. Une petite église, une dizaine de maisons et il n’y avait pas de docteur. Il y avait une sage-femme qui s’occupait des accouchements. Ma sœur et mon frère sont revenus à Sacré-Coeur-de-Marie pour les noces d’or de mes parents en 1957. Nous étions tous réunis ! Mes parents étaient heureux de les voir arriver ! 

NOTE : Fernande est née le 23 décembre 1924. Elle a épousé Jean-Thomas Gagné. Ensemble, ils ont élevé leur famille de quatre enfants à Broughton Station, Québec. Fernande demeure maintenant à Thetford Mines et profite de ses moments pour prier et faire de l’artisanat. Nous la remercions pour sa générosité de coeur, le partage de ses photos et d’avoir accepté de livrer ses souvenirs au sujet du départ de son frère et de sa soeur qui se sont établis dans le Nord de l’Ontario.  Merci beaucoup Mme Groleau Gagné !

REMERCIEMENTS : Je tiens à remercier très chaleureusement Hugo Tremblay d’avoir mené cette entrevue pour le projet LES ELLES DU NORD. Le témoignage de Madame Fernande Groleau Gagné nous permet de mieux comprendre les traces, parfois amères, mais toujours lumineuses de toutes ces familles qui sont parties et de toutes ces familles qui ont laissé partir leurs êtres aimés… Merci aussi à Pierrette Gagné, la fille de Fernande, qui a eu la gentillesse de faciliter la rencontre entre sa mère et Hugo. Merci de tout coeur.

Lucette Lévêque se rappelle le dévouement de sa grand-mère Fernande

Au début des années 70, alors qu’elle était âgée de 12 ans, Lucette Levêque faisait partie du Club 4-H à Fauquier. L’animatrice avait alors demandé aux jeunes filles d’écrire l’histoire d’une personne célèbre. Qui choisir ? On lui fit la suggestion d’écrire l’histoire de sa grand-mère Fernande.

Qui était Fernande et pourquoi était-elle célèbre ? Eh bien, vous verrez qu’elle était une femme d’action, dévouée aux femmes et au développement de sa communauté d’origine et de sa communauté d’adoption. Femme d’engagement, Fernande fut active au sein des regroupements de femmes pendant six décennies.

Sa petite-fille Lucette a eu la gentillesse de s’inspirer du texte écrit de sa plume à l’âge de 12 ans et de ses souvenirs chaleureux pour nous présenter sa grand-mère «célèbre». Et aujourd’hui, comme hier, son cœur est gonflé de fierté quand elle nous parle de grand-maman Fernande… 

Screen Shot 2016-04-03 at 4.35.21 PM

Fernande Lévêque

Quand on m’a demandé de faire l’historique de ma grand mère Fernande, ça m’embêtait un peu, mais à bien y penser, c’est agréable en même temps — une grand-mère comme la mienne qui a été l’âme dirigeante des organisations sociales sur le plan diocésain et provincial pendant un si grand nombre d’années.

J’en aurais long à raconter à son sujet, mais ce que je tiens surtout à vous dire, c’est que ma grand-mère Fernande n’avait pas peur des sacrifices qui s’imposaient. Ce qui lui tenait à cœur plus que tout, c’était de voir les femmes et les filles d’une même paroisse, unies sous un même toit, vers un même but. Elle s’organisait toujours pour avoir une société unie.

Native du Lac St-Jean, ma grand-mère a commencé son oeuvre dans la province de Québec en 1945 en tant que dirigeante paroissiale. Par la suite, elle a suivi des cours de formation sociale dans le diocèse de Chicoutimi de l’Union Catholique des fermières, et de 1947 à 1951, elle fut dirigeante au niveau diocésain.

La famille déménagea dans le Nord de l’Ontario où ma grand-mère poursuivit son oeuvre. En 1952, elle fut la première présidente du Cercle des fermières de Fauquier et en 1954, elle fut responsable de la fondation de comité diocésain de Hearst à Cochrane où elle releva à nouveau le défi de présidente.

En 1958, ma grand-mère fut réélue à la présidence du Cercle de Fauquier. Quelques années plus tard, elle reprit aussi le flambeau de la présidence du diocèse. Au cours des années 60, elle a travaillé en étroite collaboration avec un agronome du gouvernement provincial (M. Demers) afin d’obtenir les services d’une économiste ménagère francophone pour le Nord. Son but a toujours été d’atteindre un plus grand nombre de jeunes filles par l’entremise des Clubs 4-H, qu’elle considérait comme étant un mouvement enrichissant pour les jeunes.

En 1969, sa santé défaillante et des obligations familiales la contraignent à se retirer des fonctions de présidence. Le 9 octobre 1969, le comité diocésain lui a organisé une fête surprise à Fauquier où tous les cercles étaient représentés. On honora ma grand-mère Fernande de compliments et on lui remit un trophée en guise de récompense pour son dévouement inlassable durant sa longue carrière au service de sa communauté.

Mais il n’était pas question pour ma grand-mère de cesser complètement ses activités. Oh non ! Elle n’était pas du genre à se reposer sur ses lauriers ! Son dévouement se poursuivit à titre de directrice générale au palier provincial, ce qui l’amena à se déplacer plusieurs fois par année pour participer aux assemblées du comité directeur à North Bay et à Ottawa.

À l’échelle locale, Fernande continua à encourager l’artisanat et faisait, elle-même, du tissage, du crochet, de la couture, de la broderie, de la peinture… Ma grand-mère, cette Grande Dame du Nord, a fait partie de tous les mouvements de la paroisse de Fauquier, dont les Femmes chrétiennes et l’Union Culturelle des Jeanne D’Arc. Elle fut aussi vice-présidente du comité de la liturgie de la paroisse de Fauquier pendant des décennies. Je n’oublierai jamais le travail et le dévouement de ma grand mère. Elle continue de m’inspirer chaque jour de ma vie. — L.L.

————————————————

NOTE HISTORIQUE SUR L’UNION CATHOLIQUE DES FERMIÈRES/L’UNION CULTURELLE DES FRANCO-ONTARIENNES préparée par Jeannine Ouellette

C’est dans la région de Kent et d’Essex qu’un regroupement de femmes, d’abord connu sous le nom de l’Union catholique des fermières de l’Ontario, s’est rassemblé pour la toute première fois en 1936.

Bien à leur insu, ces femmes venaient de donner naissance à ce qui allait devenir le plus important regroupement de femmes francophones dans toute l’histoire de l’Ontario ! À cette époque, des « cercles » comme ceux de Kent et d’Essex, se sont également formés dans l’Est ontarien à Casselman, Wendover, Embrun et Clarence Creek.

On a vu apparaître les premiers 8 cercles dans le Nord de l’Ontario, plus précisément dans le diocèse de Hearst, en 1956. Depuis ses débuts, l’UCF a élu de nombreuses présidentes dont 8 du Nord de l’Ontario. Fernande Lévêque fut la 2e femme du Nord élue à ce poste.