HISTOIRES PLURIELLES: Un projet collectif qui raconte la vie des femmes et leur influence en Ontario français

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Le projet Histoires plurielles est une initiative des Elles du Nord (http://femmesdelaroute11.wordpress.com). Le projet donne la parole aux femmes et aux hommes qui souhaitent partager une anecdote ou une tranche de vie des bâtisseuses de familles et créatrices de valeurs des quatre coins de l’Ontario français. L’histoire des femmes, notamment celles qui ont donné naissance à un pays francophone en Ontario, à des générations d’enfants, à des institutions, à des oeuvres d’entraide, à des façons de faire et d’être — est une histoire qui a été peu racontée. Le but du projet Histoires plurielles est d’accorder un espace à cette histoire.

Si vous avez le goût de raconter un moment de la vie de votre mère, grand-mère, arrière grand-mère, tante, ou encore une anecdote liée à une femme de l’Ontario français qui a eu une influence positive sur vous, votre famille ou sur la communauté où vous avez grandi, envoyez-nous son histoire à elles@triyana.ca. La personne que vous présentez peut être une membre de votre famille ou encore une enseignante, voisine, politicienne, leader communautaire, auteure, etc. qui fait partie de ces bâtisseuses de l’Ontario. Vous pouvez aussi nous parler de VOUS, d’un souvenir qui vous a marqué en Ontario français (enfance, jeunesse, âge adulte), d’un chemin particulier que vous avez emprunté et qui a eu de l’influence sur la société franco-ontarienne, etc. Au plaisir de vous lire !

CRITÈRES DE SOUMISSION :

Vous avez l’option d’écrire une histoire, un poème, préparer un diaporama, livrer un témoignage, produire une vidéo… 

HISTOIRE : L’histoire que vous soumettrez doit être écrite en français et relater un moment, un souvenir ou une anecdote qui a eu lieu dans la vie d’une femme francophone en Ontario. Environ 800 mots + quelques photos en format jpg ou png (haute résolution si possible).

DIAPORAMA/VIDÉO :  Si vous préférez présenter un diaporama, vous pouvez le faire en format Power Point (ppt ou pptx). Maximum de 10-15 planches. Vidéo : durée moyenne 5 minutes.

POÈME : La fibre créative n’a pas de limites….

Écrivez-moi à elles@triyana.ca. J’ai hâte de vous lire !

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Lorsque je recevrai votre texte, je communiquerai avec vous pour en accuser réception au cours des  24 à 48 heures qui suivront. Veuillez noter qu’une soumission ne garantit pas nécessairement une publication dans Histoires plurielles. Notez également que vous offrez ce texte sans attente d’honoraires et que vous retenez tous les droits d’auteurs de votre texte.

Peu importe le style du texte que vous soumettrez à Histoires plurielles, il doit être écrit dans un français sans fautes. Veuillez faire réviser votre texte AVANT de le soumettre puisque nous ne sommes pas en mesure d’offrir un service de révision.

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HISTOIRES PLURIELLES, QU’EST-CE QUE C’EST ? C’est un espace collectif et créatif pour raconter avec notre coeur des tranches de vie des bâtisseuses de l’Ontario français !

Les femmes ont nourri tout le monde, c’est à leur tour d’être invitées à la table. 

Lysette Brochu, auteure

C’est un grand monde, ce Nord de l’Ontario [et l’Ontario français au complet], surtout maintenant qu’on lui reconnaît ses « elles ». Il faut faire vite pour ne pas perdre ces héritages précieux et fragiles étant donné le peu de documents dont nous disposons.

Benoît Cazabon, auteur

Claire Pilon honore la sagesse de sa mère Edna Frappier Pilon

Dans cet hommage à sa mère Edna, l’auteure et journaliste Claire Pilon exprime le sentiment de beaucoup de gens envers la sagesse de leur maman et la force tranquille de toutes ces femmes qui ont oeuvré pour former des générations d’enfants et des communautés tissées serrées. Aucune vie n’est ordinaire, car le courage de traverser les épreuves, de bâtir une communauté et de défendre les démunis tout en élevant des enfants valeureux et chaleureux, voilà une chose extraordinaire. Rencontrez Edna Frappier Pilon, celle qui croyait à la bonté de la vie et qui laissait des ponts…

unnamed-1Ma mère, Edna Frappier Pilon, n’a jamais été nommée pape ou été élue premier ministre du Canada ni présidente des États-Unis, ou directrice générale d’une grande entreprise.

Pourtant elle possédait toutes les qualités pour très bien remplir tous ces postes et encore plus…

Edna Frappier Pilon était une femme extraordinaire, faisant preuve de plusieurs qualités et étant dotée d’une grande sagesse. Conseillère, gestionnaire financier, gérante de foyer, elle pouvait superviser une variété de projets et réussissait à merveille tout ce qu’elle entreprenait. Et comme elle savait bien épargner !

Ma mère était toujours présente pour me conseiller sans jamais me dire quoi faire. Elle était présente lorsque j’avais des difficultés avec mes études et des problèmes difficiles à résoudre, ou encore lorsque j’avais besoin de conseils. Elle était là pour me guider et me consoler lors de mes peines d’amour, et surtout, elle savait et prenait le temps de m’écouter. Si elle était fâchée, on le le savait, mais c’était sans cri, sans bataille, car ma mère n’a jamais une  seule fois élevé la voix.

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Edna Frappier est née le 6 août 1917. Elle était la fille de Louis Frappier et de Clara Beauchamps, benjamine d’une famille de quatre filles et de quatre garçons. Elle est née à St-Charles et a grandi à Sturgeon Falls. En 1951 elle épousa Raymond Pilon de Larchwood qui, comme maman, avait grandi dans une famille pauvre, sur une ferme. Le mariage a été béni le 21 mai 1951 par monseigneur Joseph Coallier au sous-sol de la paroisse St-Jean-de-Brébeuf puisque l’église était en construction. Ils ont eu cinq enfants, dont moi et mon jumeau (il est décédé à ma naissance), deux garçons et deux filles. Maman me disait souvent qu’elle était garçonnière et qu’elle aimait jouer à la balle. Elle aimait beaucoup le sel et me disait que s’il y avait une réincarnation, elle voulait revenir en vache pour pouvoir lécher les blocs de sel !

Maman était une personne juste qui n’a jamais exécuté de tâches «extraordinaires», mais qui a toujours travaillé dans l’ombre pour la justice. Elle s’impliquait dans les organismes communautaires, mais détestait les honneurs. Une personne a déjà dit d’elle : «Elle ne parle pas beaucoup, mais quand elle parle, ça compte». Ma mère défendait toujours les plus démunis et ceux qui vivaient des situations difficiles. Même si nous étions assez pauvres, nous n’avons jamais manqué de rien. Elle scrutait les ventes afin de pouvoir nous habiller et nous permettre d’avoir des petites gâteries. Chez nous, la porte était toujours ouverte à tous.

Avant d’épouser mon père, Maman a travaillé comme réceptionniste à l’hôpital St-Joseph sous l’égide des Soeurs Grises de la Croix (aujourd’hui connues sous le nom des Soeurs de la Charité d’Ottawa). Elle fut aussi la première caissière à la Caisse populaire St-Jean-de-Brébeuf située dans le quartier du Moulin à Fleur à Sudbury.

 J’attribue, en grande partie, les succès que j’ai connus dans ma vie au fait que depuis mon enfance, ma mère m’a guidée et encouragée sans jamais me forcer ou m’imposer ses convictions. Elle ne m’a jamais dit quoi faire, mais a toujours fait connaître son opinion lorsque je la lui demandais. Elle m’a appris l’importance d’épargner et de ne pas dépenser pour rien.

Maman n’avait pas de talents spécifiques, mais elle pouvait tout faire. Elle était une femme très religieuse et elle priait beaucoup. Elle était convaincue que ses prières étaient exaucées même si elle ne recevait pas ce qu’elle avait demandé. Elle disait: «Il y a toujours une raison pour tout». Elle était membre de plusieurs organismes communautaires dont le mouvement scout, la paroisse St-Jean-de-Brébeuf, les dames de Sainte-Anne, ainsi que le Mouvement des femmes chrétiennes.

Elle croyait beaucoup à la sauvegarde de la culture et de la langue française. Il était interdit pour nous de parler en anglais dans la maison et elle encourageait nos amis de faire de même. Elle me racontait comment nos ancêtres avaient travaillé fort pour que nous puissions parler en français. Elle tenait à continuer à pratiquer les traditions comme la Fête des Rois et celle de la Sainte-Catherine.

Maman était féministe à sa façon. Elle n’a pas brulé son soutien-gorge et n’a pas participé à de grandes démonstrations, mais elle faisait connaître ses opinions toujours en transmettant un message. Elle m’a enseigné à ne pas avoir peur d’exprimer mes opinions et au lieu de la confrontation, elle me montrait la médiation. Un de ses dictons favoris était «Laissez des ponts». Elle participait régulièrement à une émission de radio où elle ne se gênait pas de donner son opinion même si elle offensait parfois certains membres de la hiérarchie ecclésiale. Elle n’avait pas peur d’aider les démunis et de défendre les injustices.

Maman n’a jamais reçu d’honneur ou de certificat de reconnaissance du pape ou du premier ministre ou de n’importe qui d’autre, mais elle aurait dû être reconnue pour le bien qu’elle a fait sans que personne ne s’en rende compte. Elle aurait dû être reconnue pour son oeuvre auprès de toutes ces personnes qu’elle a aidées sans s’en vanter, mais de toute façon, les honneurs étaient sans importance pour elle. Ce qui importait pour Edna Frappier Pilon, c’est qu’elle faisait du bien, qu’elle aidait les gens et qu’elle le faisait pour l’amour de Dieu et non pour la reconnaissance et les hommages des humains.

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Claire Pilon est l’auteure de nombreux articles et documents historiques, dont le livre «Le Moulin à Fleur», publié en 1983 (réédité en 2011). Claire a dédié cet ouvrage à ses parents Raymond et Edna, ainsi qu’aux membres de sa famille qui ont instauré en elle «une fierté communautaire».

Suzanne Girard Whissell partage une recette de sa grand-mère Albina

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Suzanne Girard Whissell

Suzanne Girard Whissell, native de Timmins, est une gardienne de la mémoire culinaire dans sa famille. Elle a rassemblé les recettes de sa famille Bastarache (du côté maternel) sous forme d’un livre qu’elle a intitulé « Le rouleau à pâte ». Pourquoi ce titre ? Eh bien, imaginez-vous que Suzanne est la fière héritière de tous les rouleaux à pâte des femmes de sa famille (sa mère, ses tantes, sa grand-mère) et même le rouleau à pâte de son père qui a été «cook» dans les chantiers de bûcherons du Nord de l’Ontario ! 

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Sur la couverture de son livre de recettes familiales, on retrouve une illustration d’un rouleau à pâte. Il s’agit du rouleau de sa grand-mère Albina. Ce rouleau centenaire a été fait  à la main en bois de bouleau par Alfred, le conjoint d’Albina, qui lui a remis en cadeau de noces en 1914 !

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Le livre de recettes bilingue contient 130 recettes de la famille Bastarache et est disponible pour achat auprès de l’auteure par courriel à l’adresse suivante : sgwhissell@gmail.com ou par téléphone au Centre culturel de Moonbeam (705-367-2324). Le coût est de 25$ + frais d’envoi.

Suzanne a généreusement accepté de partager la célèbre recette de gâteau aux fruits de sa grand-mère Albina (la recette est aussi dans son livre).  Vous la retrouverez ci-dessous. À une certaine époque, le gâteau aux fruits était confectionné pour le temps des Fêtes, mais aussi pour toutes les noces dans la famille. C’est une tradition canadienne-française.

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Extrait du livre de recettes « Le rouleau à pâte/The Rolling Pin, par Suzanne Girard Whissell

 

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GÂTEAU AUX FRUITS D’ALBINA (½ recette)

La journée avant:

1½ lb raisins

1 lb noix

½ lb amandes

3 tasses fruits mélangés

1 tasse mixed peel

2 tasses cerises rouges

2 tasses cerises vertes

1 c. à thé extrait de vanille

1 c. à thé extrait de cherry

1 c. à thé extrait d’amandes

1 oz d’essence de rhum ou brandy

2 oz Brandy (alcool)

¾ tasse mélasse

½ c. à thé de muscade

½ c. à thé gingembre

½ c. à thé clou de girofle

½ c. à thé cannelle

½ c. à thé tout épices

Bien mélanger ensemble.

Le lendemain :

½ tasse de beurre non salé

1 tasse sucre blanc

6 oeufs

Bien mélanger.

Ajouter 1 tasse d’eau bouillante avec 1½ c. à thé de soda à pâte

Ajouter au mélange 5 tasses farine

Bien mélanger.

Cuire au four 275°F jusqu’à ce que le gâteau commence à lever. Baisser la température du four à 250°F environ 2½ à 3 heures ou jusqu’à la fin de la cuisson. Pour un plat en vitre, réduire la cuisson à 250°F et 225°F.

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Les filles d’Albina : de g. à d. Blanche Pelchat, Laurette Bossé Piché, Alice Ethier, Noëlla Laurin. Remarquez les beignes sur la table ! Une collation sûrement bien méritée après des heures de travail pour nourrir la famille.

 

De Sacré-Cœur-de-Marie, Québec à Coppell, Ontario : quand une famille se sépare…

À partir des années 1880, des familles pionnières sont venues «bâtir un pays» dans le Nord ontarien. Le long de la route 11, il aura fallu attendre le tournant du siècle pour que les routes et le chemin de fer facilitent les allées et venues des familles à l’âme aventurière.

C’est toujours avec honneur et hommage que l’on se remémore le travail ardu et le courage de nos familles pionnières du Nord de l’Ontario, mais qu’en est-il des familles qui ont été déchirées par cette séparation ? Qu’en est-il de ceux et celles qui ont vu partir les êtres aimés avec un pincement au coeur et des inquiétudes plein la tête ? Les reverraient-ils ? Quand ? Seraient-ils heureux dans leur nouvelle vie dans ce «pays lointain» au milieu de la forêt ? À l’époque, les déplacements étaient difficiles et les ressources financières ne permettaient pas toujours les retours au bercail. Les familles ne savaient pas si, et quand, leurs routes allaient se croiser à nouveau…

Pour ces femmes et ces hommes qui sont venus coloniser le Nord de l’Ontario, l’ennui de leur famille laissée derrière en terre québécoise, acadienne, américaine ou européenne, fut souvent vécu comme une cicatrice au coeur. Et la famille qui voyait partir un des leurs souffrait aussi de cette déchirure.

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Fernande Groleau Gagné, 2016

Du haut de ses 10 ans, Fernande Groleau Gagné a vu partir deux membres de sa famille. Ils ont quitté leur village natal, Sacré-Cœur-de-Marie dans la région de Chaudières-Appalaches, pour se rendre à Coppell en Ontario. La défriche les attendait…

Hugo Tremblay, natif de Val Rita, a rencontré Mme Groleau Gagné pour parler avec elle de ses souvenirs du temps de la colonisation et du départ de son frère et de sa soeur. Voici le résultat de cette rencontre…

HP : Questions par Histoires Plurielles (projet LES ELLES DU NORD)

FGG : Réponses données par Fernande Groleau Gagné

HP : Madame Groleau Gagné, vous avez un frère et une sœur qui ont quitté leur Québec natal pour aller s’installer dans le Nord de l’Ontario, plus précisément à Coppell. Leur départ était en quelle année ?

FGG : Ma sœur Clarina Groleau et son mari Joseph Lehoux ont quitté Sacré-Cœur-de-Marie avec mon frère Léonce Groleau et son épouse Géraldine Huard et sa famille en 1934 pour se rendre à Coppell.

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Joseph Lehoux et Clarina Groleau

HP : Quelles étaient leurs circonstances personnelles à ce moment-là ?

FGG : Ma sœur venait à peine de se marier à Joseph. Mon frère avait 3 enfants. Ils ont quitté Sacré-Cœur-de-Marie pour se rendre à Coppell en camion avec leurs bagages à l’été 1934. Environ deux jours de voyage.

HP : Quels sont les facteurs qui ont influencé leur décision de partir de Sacré-Cœur-de-Marie à l’époque ?

FGG : Mon beau-frère Joseph Lehoux avait déjà un frère qui était établi dans le Nord. Il était certain de trouver de l’ouvrage. C’était la Dépression. Mon frère avait une terre à Sacré-Cœur-de-Marie. Le gouvernement donnait des octrois afin d’ouvrir une terre dans le Nord de l’Ontario. Mon beau-frère a eu un permis de colon lui aussi.

HP : Comment ont-ils vécu ce départ ?

FGG : Ma sœur suivait son mari sans avoir d’attente. Ils sont arrivés dans le bois ! C’était difficile de garder de l’argent dans ce temps-là — il y avait l’obligation de s’établir. Mon beau-frère allait à l’aventure et c’en était toute une !

HP : Vos parents, votre famille, comment ont-ils vécu la situation ? Quels sont vos souvenirs de leur départ ?

FGG : C’était la tristesse. Il y avait une déchirure familiale… 

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Famille Groleau (Fernande est assise sur la chaise à droite avec les pieds croisés). Clarina, la soeur de Fernande, est en haut à gauche (debout). Son frère Léonce, aussi en haut à gauche à côté de Clarina. Il porte la chemise et cravate blanches.

HP : Quels ont été les principaux défis que votre frère et sœur ont relevés dans le Nord au temps de la colonisation ? 

FGG : Il y avait tant de terrain à défricher pour arriver et être accepté par le gouvernement ! L’hiver, la femme restait à la maison et son mari était au chantier.

HP : Qu’est-ce qui vous a marqué le plus dans leur projet de s’établir dans le Nord de l’Ontario ?

FGG : La défriche, les premières maisons, les naissances, les décès…

HP : Lorsque vous êtes allée les visiter, quelles ont été vos impressions du voyage, de la route pour s’y rendre et du village de Coppell ?

FGG : C’était en 1962 pour des funérailles. Je me disais que je ne me rendrais jamais et que je ne reviendrais jamais. J’ai été malade, j’étais fatiguée, tristesse pour les funérailles, chemin de gravel, pas d’asphalte. C’était en plein bois ! J’y suis allée trois fois pour des funérailles et une fois pour des noces d’or. Les derniers voyages étaient plus beaux. Il y avait beaucoup d’amélioration sur les fermes, de beaux troupeaux, de belles maisons et de belles grandes familles. La ferme de mon frère était un succès et il avait réussi à la perfection. Par la suite, les familles sont allées s’établir à Hearst. J’ai souvenir de Coppell. Une petite église, une dizaine de maisons et il n’y avait pas de docteur. Il y avait une sage-femme qui s’occupait des accouchements. Ma sœur et mon frère sont revenus à Sacré-Coeur-de-Marie pour les noces d’or de mes parents en 1957. Nous étions tous réunis ! Mes parents étaient heureux de les voir arriver ! 

NOTE : Fernande est née le 23 décembre 1924. Elle a épousé Jean-Thomas Gagné. Ensemble, ils ont élevé leur famille de quatre enfants à Broughton Station, Québec. Fernande demeure maintenant à Thetford Mines et profite de ses moments pour prier et faire de l’artisanat. Nous la remercions pour sa générosité de coeur, le partage de ses photos et d’avoir accepté de livrer ses souvenirs au sujet du départ de son frère et de sa soeur qui se sont établis dans le Nord de l’Ontario.  Merci beaucoup Mme Groleau Gagné !

REMERCIEMENTS : Je tiens à remercier très chaleureusement Hugo Tremblay d’avoir mené cette entrevue pour le projet LES ELLES DU NORD. Le témoignage de Madame Fernande Groleau Gagné nous permet de mieux comprendre les traces, parfois amères, mais toujours lumineuses de toutes ces familles qui sont parties et de toutes ces familles qui ont laissé partir leurs êtres aimés… Merci aussi à Pierrette Gagné, la fille de Fernande, qui a eu la gentillesse de faciliter la rencontre entre sa mère et Hugo. Merci de tout coeur.

Lucette Lévêque se rappelle le dévouement de sa grand-mère Fernande

Au début des années 70, alors qu’elle était âgée de 12 ans, Lucette Levêque faisait partie du Club 4-H à Fauquier. L’animatrice avait alors demandé aux jeunes filles d’écrire l’histoire d’une personne célèbre. Qui choisir ? On lui fit la suggestion d’écrire l’histoire de sa grand-mère Fernande.

Qui était Fernande et pourquoi était-elle célèbre ? Eh bien, vous verrez qu’elle était une femme d’action, dévouée aux femmes et au développement de sa communauté d’origine et de sa communauté d’adoption. Femme d’engagement, Fernande fut active au sein des regroupements de femmes pendant six décennies.

Sa petite-fille Lucette a eu la gentillesse de s’inspirer du texte écrit de sa plume à l’âge de 12 ans et de ses souvenirs chaleureux pour nous présenter sa grand-mère «célèbre». Et aujourd’hui, comme hier, son cœur est gonflé de fierté quand elle nous parle de grand-maman Fernande… 

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Fernande Lévêque

Quand on m’a demandé de faire l’historique de ma grand mère Fernande, ça m’embêtait un peu, mais à bien y penser, c’est agréable en même temps — une grand-mère comme la mienne qui a été l’âme dirigeante des organisations sociales sur le plan diocésain et provincial pendant un si grand nombre d’années.

J’en aurais long à raconter à son sujet, mais ce que je tiens surtout à vous dire, c’est que ma grand-mère Fernande n’avait pas peur des sacrifices qui s’imposaient. Ce qui lui tenait à cœur plus que tout, c’était de voir les femmes et les filles d’une même paroisse, unies sous un même toit, vers un même but. Elle s’organisait toujours pour avoir une société unie.

Native du Lac St-Jean, ma grand-mère a commencé son oeuvre dans la province de Québec en 1945 en tant que dirigeante paroissiale. Par la suite, elle a suivi des cours de formation sociale dans le diocèse de Chicoutimi de l’Union Catholique des fermières, et de 1947 à 1951, elle fut dirigeante au niveau diocésain.

La famille déménagea dans le Nord de l’Ontario où ma grand-mère poursuivit son oeuvre. En 1952, elle fut la première présidente du Cercle des fermières de Fauquier et en 1954, elle fut responsable de la fondation de comité diocésain de Hearst à Cochrane où elle releva à nouveau le défi de présidente.

En 1958, ma grand-mère fut réélue à la présidence du Cercle de Fauquier. Quelques années plus tard, elle reprit aussi le flambeau de la présidence du diocèse. Au cours des années 60, elle a travaillé en étroite collaboration avec un agronome du gouvernement provincial (M. Demers) afin d’obtenir les services d’une économiste ménagère francophone pour le Nord. Son but a toujours été d’atteindre un plus grand nombre de jeunes filles par l’entremise des Clubs 4-H, qu’elle considérait comme étant un mouvement enrichissant pour les jeunes.

En 1969, sa santé défaillante et des obligations familiales la contraignent à se retirer des fonctions de présidence. Le 9 octobre 1969, le comité diocésain lui a organisé une fête surprise à Fauquier où tous les cercles étaient représentés. On honora ma grand-mère Fernande de compliments et on lui remit un trophée en guise de récompense pour son dévouement inlassable durant sa longue carrière au service de sa communauté.

Mais il n’était pas question pour ma grand-mère de cesser complètement ses activités. Oh non ! Elle n’était pas du genre à se reposer sur ses lauriers ! Son dévouement se poursuivit à titre de directrice générale au palier provincial, ce qui l’amena à se déplacer plusieurs fois par année pour participer aux assemblées du comité directeur à North Bay et à Ottawa.

À l’échelle locale, Fernande continua à encourager l’artisanat et faisait, elle-même, du tissage, du crochet, de la couture, de la broderie, de la peinture… Ma grand-mère, cette Grande Dame du Nord, a fait partie de tous les mouvements de la paroisse de Fauquier, dont les Femmes chrétiennes et l’Union Culturelle des Jeanne D’Arc. Elle fut aussi vice-présidente du comité de la liturgie de la paroisse de Fauquier pendant des décennies. Je n’oublierai jamais le travail et le dévouement de ma grand mère. Elle continue de m’inspirer chaque jour de ma vie. — L.L.

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NOTE HISTORIQUE SUR L’UNION CATHOLIQUE DES FERMIÈRES/L’UNION CULTURELLE DES FRANCO-ONTARIENNES préparée par Jeannine Ouellette

C’est dans la région de Kent et d’Essex qu’un regroupement de femmes, d’abord connu sous le nom de l’Union catholique des fermières de l’Ontario, s’est rassemblé pour la toute première fois en 1936.

Bien à leur insu, ces femmes venaient de donner naissance à ce qui allait devenir le plus important regroupement de femmes francophones dans toute l’histoire de l’Ontario ! À cette époque, des « cercles » comme ceux de Kent et d’Essex, se sont également formés dans l’Est ontarien à Casselman, Wendover, Embrun et Clarence Creek.

On a vu apparaître les premiers 8 cercles dans le Nord de l’Ontario, plus précisément dans le diocèse de Hearst, en 1956. Depuis ses débuts, l’UCF a élu de nombreuses présidentes dont 8 du Nord de l’Ontario. Fernande Lévêque fut la 2e femme du Nord élue à ce poste.

À la rencontre de Mariette Guillotte, Grande Dame de Kapuskasing

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Mariette Guillotte

Le projet des Elles du Nord s’enrichit de l’histoire des femmes qui ont influencé le développement du Nord. Elles sont nombreuses à avoir aidé à bâtir une société résiliente, fière de ses racines, de ses valeurs et de ses traditions canadiennes-françaises.

Mariette Guillotte figure parmi ces Grandes Dames du Nord.

Mariette est née à Kapuskasing le 25 avril 1934. Ses parents avait quitté leur région natale du Bas-du-fleuve au Québec pour s’établir à Kapuskasing, terre des forêts. À cette époque, les familles du Québec étaient encouragées à venir coloniser le Nord de l’Ontario.

Cet automne, Mariette a accepté de se prêter à une entrevue menée par Angèle Lauzon Albert, bibliothécaire à la Bibliothèque publique de Moonbeam. Par la suite, Angèle m’a fait parvenir l’enregistrement que j’ai eu le plaisir d’écouter  afin de rédiger quelques tableaux de la vie de Mariette Guillotte !

Je les remercie toutes les deux pour le temps qu’elles ont consacré à la transmission et cueillette d’information pour mon projet LES ELLES DU NORD/Histoires Plurielles. Merci Mariette. Merci Angèle. Vous avez enrichi notre histoire collective…

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Fille d’Arthur Dumais et de Marie Souci, conjointe de Jos Guillotte, mère de 8 enfants, grand-mère de 23 petits-enfants et arrière-grand-mère de 12 petits-enfants, Mariette est une chef de file bien connue et fort appréciée dans le Nord-Est de l’Ontario depuis plus de 60 ans. Voici son histoire….

Mariette est née dans une petite maison en bois rond située derrière l’usine de pâte et papier Spruce Falls Power & Paper Co. (devenue Tembec). La maison de son enfance, dans laquelle elle a habité jusqu’à l’âge de 10 ans, a une histoire particulière en ce sens qu’elle fut construite par des prisonniers allemands, internés à Kapuskasing pendant la Première Guerre mondiale. En 1944, la famille Dumais emménagea dans une plus grande maison pouvant accommoder leurs 11 enfants. Enfin l’eau courante et l’électricité !

Mariette raconte qu’à l’époque de l’arrivée de ses parents à Kapuskasing au début des années 30, des Américains protestants anglophones prévoyaient s’établir dans le Nord. Désirant contrer cette vague, les prêtres catholiques canadiens-français encourageaient les familles québécoises à prendre racine à Kapuskasing et les environs. Le gouvernement du Québec remettait la somme de 200$ aux familles qui acceptaient d’émigrer en sol ontarien. Des centaines de familles ont pris la route de l’aventure !

Aux dires de Mariette, sa mère Marie était certainement féministe avant même que le mot soit populaire dans le Nord de la province. Marie Souci a élevé des filles confiantes et habiles et des garçons qui respectaient l’intelligence des femmes. Pour Mariette, tout a toujours été possible – avoir une famille et une vie à l’extérieur du foyer, même dans les années 50 où les codes socio-culturels restreignaient la liberté et les rôles des femmes dans la société. Ses parents lui ont toujours enseigné qu’elle avait les mêmes droits que les hommes.

Après avoir terminé son école primaire à Kapuskasing, Mariette quitta sa famille pour aller étudier pendant quatre ans dans une école d’arts ménagers à Ville-Marie dans le Témiscamingue québécois.

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Mariette à l’âge de 17 ans

Pendant un certain temps, Mariette a cru avoir la vocation et a même songé à un avenir religieux au sein de la Congrégation des Sœurs Grises de la Croix auprès desquelles elle étudiait.

Cependant, son désir d’être mère de famille était fortement éveillé en elle et au bout d’un an, elle mit fin à ses études de postulante. «J’ai un charisme dominant : l’amour», précise Mariette qui a vite compris qu’elle ne pourrait satisfaire aux attentes d’une vie religieuse.

Mais ce fut une vocation transformée et canalisée dans la famille et le bénévolat ! Pour Mariette, le bénévolat est en fait « Dieu va là ». «Le bénévolat, c’est la charité, c’est l’amour, c’est le don de soi et de son temps. C’est l’amour en action.», confirme Mariette. Une mère de famille passe au feu ? Mariette partage ce qu’elle a avec cette femme. Une classe a besoin d’un gâteau pour une célébration à l’école? Mariette confectionne un succulent dessert. Quelqu’un a besoin d’un repas chaud ? Mariette cuisine ! Elle fait d’ailleurs partie de l’équipe de la Popote roulante à Kapuskasing depuis tellement d’années qu’elle a cessé de les compter ! De toute façon, compter n’est pas dans sa nature. «On a reçu beaucoup mon mari et moi. On a mis au monde des enfants merveilleux. En retour, on donne. Il faut qu’on donne. On a été aimés dans la vie et quand tu as de l’amour, il ne te manque plus grand chose. »

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Mariette Dumais et Jos Guillotte, le jour de leur mariage, 18 septembre 1954

Souvent appelée à parler à des groupes de femmes ou de jeunes, Mariette aime leur rappeler combien chaque être humain est unique et merveilleux. De sa mère, Mariette dit avoir reçu la dignité, et de son père, l’éloquence, ce qui lui confère une aptitude toute particulière pour la communication. Elle a prononcé d’innombrables conférences tant en français qu’en anglais portant sur trois thèmes prioritaires pour elle : l’estime de soi, la communication interpersonnelle et l’art du rire.

Pour Mariette, la qualité de la vie passe par la qualité des relations, qui, elles, passent par la qualité de la communication. Mariette se dit elle-même «faite de chaleur humaine», élevée à l’époque de la crise où les gens étaient tissés serrés sur les terres et s’entraidaient pour survivre.

Étant elle-même tisserande de métier, l’expression «être tissée serrée avec les gens de sa communauté» pourrait certainement être la devise de sa vie ! Membre des Filles d’Isabelle depuis 55 ans, dont 2 ans à titre de régente, membre de l’UCF♀(l’Union culturelle des Franco-Ontariennes) de Moonbeam, organisatrice de bazars et d’activités communautaires et fière ambassadrice de multiples causes qui lui tiennent à cœur depuis plus de 60 ans : le scoutisme, l’implication dans les comités scolaires, les activités paroissiales, l’entraide aux familles endeuillées, les cueillettes de fonds et d’objets pour les familles démunies… Le bénévolat est un mode de vie pour Mariette. Son modus operandi.

À une époque où les femmes du Nord ne participaient pas encore en très grand nombre au marché du travail (et encore moins si elles étaient mères de famille), Mariette ouvrait grandes les portes. Elle eut un service de traiteur pendant de nombreuses années et cuisina, entre autres, pour les banquets de la Spruce Falls Power & Paper Co.

Elle a aussi marqué la vie de bien des jeunes pendant sa carrière de 23 ans à titre de commis à la bibliothèque de l’école secondaire Cité des Jeunes à Kapuskasing. Elle les encourageait à la lecture, à la satisfaction d’un travail de recherche bien fait et à la motivation d’apprendre. Un élève avait besoin d’un livre qui n’était pas sur les tablettes? Qu’à cela ne tienne ! Mariette empruntait le livre à la Bibliothèque municipale afin que le travail scolaire de l’élève ne souffre pas. Elle n’a jamais hésité à faire le petit geste de plus qui pouvait rendre la vie humaine plus agréable…

Pour cette amoureuse de la vie, tous les apprentissages sont permis, même les études universitaires qu’elle a entreprises à l’Université de Hearst à l’aube de ses 80 ans.  D’ailleurs, son plus grand conseil pour les jeunes d’aujourd’hui : «Qu’ils utilisent leur matière grise. Qu’ils aillent à l’école le plus longtemps possible. Qu’ils ne perdent jamais la chance de suivre un cours et d’approfondir leur savoir.»

Le tissage, la couture, l’art de la courtepointe, et plus récemment, la poterie, ont été au cœur de ses activités artistiques. Elle a suivi de nombreux cours d’artisanat, en a enseigné aussi plusieurs, en plus d’organiser des conférences et de participer à des expositions, seule ou en compagnie d’autres artisanes.

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Qu’elle fasse une «batch de bines» ou qu’elle tisse une couverture, qu’elle parle d’estime de soi ou de l’importance du rire au quotidien, Mariette Guillotte y met toute son âme. Chaque personne compte.

Le Nord tatoué sur le coeur, Mariette termine son entrevue en disant : «On est tellement bien dans le Nord de l’Ontario. Les gens ont peut-être été un peu durs dans le temps des pionniers, sévères même, mais c’est parce que la vie était dure dans ce temps-là. Nos ancêtres ont fait de nous des gens tenaces. On a des têtes de pioche et du cœur au ventre. On n’est pas des lâcheux ici!»

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Crédit photo : John Booth

La personnalité invitante et chaleureuse de Mariette Guillotte est à l’image de ses ancêtres colonisateurs — dynamique, aventurière, positive et dotée de multiples talents. Merci Mariette d’être une étoile du Nord !

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Mariette Guillotte offrant une de ses oeuvres artisanales  à l’honorable Madeleine Meilleur, ministre des Affaires francophones et Procureure générale de l’Ontario

Dans les archives du journal L’horizon – la bien-aimée Lucille Bastarache

Lucille Bastarache

Lucille Bastarache

Née à Chelmsford le 13 mars 1934, Lucille Bastarache a vécu toute sa vie dans différentes villes du Nord en passant par Hearst, Timmins, Moonbeam et Kapuskasing. Pendant 25 ans, cette femme généreuse a accueilli dans son foyer, (avec son conjoint Laurier), des enfants de tout âge provenant de l’Aide à l’enfance de Kapuskasing . Elle les a guidés, soignés, et surtout, elle les a aimés. Plus de 120 enfants ont pu ainsi trouver chez Lucille un refuge temporaire aimant et sécuritaire. À l’âge adulte, plusieurs de ces enfants sont revenus saluer celle qu’ils appelaient bien affectueusement Mémé Bastarache.

Cette Grande Dame au coeur d’or est décédée en 2003, mais jamais elle ne sera oubliée. Sa nièce Suzanne Girard Whissell m’a fait parvenir un texte paru dans le journal L’horizon, édition du 22 juin 2001 (volume 6, no 20). Cliquez sur le lien suivant pour lire l’article. Le texte raconte la vie courageuse de Lucille et d’une famille canadienne-française du Nord de l’Ontario à partir de l’époque des années 30. Veuillez noter qu’il y a numérisation incomplète de la colonne de droite de l’article, mais vous pouvez tout de même lire le texte aisément.

Lien pour lire l’article : La grande générosité de Mémé Bastarache

NOTE : Les familles d’accueil constituent un moyen de fournir un foyer temporaire aux enfants qui ne peuvent plus vivre de façon sécuritaire avec leurs parents ou les personnes qui en sont responsables. Les parents de familles d’accueil fournissent les soins quotidiens à un enfant au nom d’une société d’aide à l’enfance. http://www.children.gov.on.ca

Chloé Mailloux raconte le combat des femmes en temps de guerre

Chloé Mailloux

Chloé Mailloux

Chloé Mailloux est une jeune auteure franco-ontarienne qui réfléchit à la lutte des femmes et à leur influence sur la société canadienne.

Étudiante à l’école secondaire Franco-Cité à Nipissing Ouest, Chloé a écrit un texte qui met en lumière le trajet des femmes qui ont fait évoluer les mentalités canadiennes au cours du siècle dernier, tant par les gestes qu’elles ont posés que par les paroles qu’elles ont prononcées. Le sujet de sa réflexion porte plus particulièrement sur les femmes qui ont contribué à l’effort de guerre en terre canadienne et outre-mer. En choisissant ce sujet, la démarche de Chloé s’inscrit, elle aussi, dans les gestes des femmes d’influence en Ontario français.

Selon Chloé, si les filles de sa génération sont libres de faire ce qu’elles veulent aujourd’hui, c’est en partie grâce au combat des femmes en temps de guerre. Elle a obtenu un Prix d’histoire du gouvernement du Canada en 2015 pour son texte inspirant que voici. Nous lui offrons nos plus sincères félicitations !

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Le Canada a beaucoup évolué en tant que pays au cours du dernier siècle. L’un des plus grands changements ressortis de cette époque a été l’acceptation de la femme comme étant égale à l’homme. Ce pas important vers l’évolution fut réalisé lors des deux guerres mondiales mais c’est surtout durant la Première Grande Guerre de 1914 à 1918 que l’évolution a débuté. La Première Guerre mondiale a eu l’incidence la plus importante sur la vie des femmes au Canada car pour la première fois, elles ont ressenti un sentiment de fierté et d’utilité au sein de leur pays. La contribution des femmes lors de la Première Guerre mondiale a donné naissance à une nouvelle mentalité chez les Canadiens : que les femmes avaient la capacité de faire autre chose qu’être mère au foyer. Les Canadiens ont pris conscience pendant la Première Guerre mondiale, que les femmes pouvaient travailler à l’extérieur de leur cuisine et ainsi, contribuer à l’économie canadienne. La Seconde Guerre est venue assurer la continuité d’une étape importante dans l’histoire du Canada bien amorcée par la Première Guerre.

C’est durant la Première Guerre mondiale que les femmes ont pris les responsabilités laissées par les hommes (leurs frères, leurs maris et leurs fils) qui devaient aller au front. Du jour au lendemain, les Canadiennes ont assumé les responsabilités familiales à elles seules. Plusieurs hommes ont perdu la vie durant la guerre et elles ont dû faire plusieurs sacrifices au cours de cette période. L’indépendance des femmes a certainement entraîné de la souffrance, mais en même temps, cette Première Guerre mondiale leur a donné plusieurs opportunités. La Première Guerre a permis aux femmes de prouver qu’elles étaient capables de gérer un pays et de fournir un effort semblable à celui que les hommes apportaient sur le marché industriel. Malgré le fait qu’elles travaillaient dans des usines depuis les années 1880, les femmes n’avaient jamais travaillé dans l’industrie lourde. Cependant, au début de la Première Guerre, il ne restait pas suffisamment d’hommes pour occuper tous les postes de l’industrie lourde donc ils ont été accordés aux femmes. Presque 30 000 femmes se sont mises à travailler dans les usines de munition en plus des autres femmes qui travaillaient dans les fonderies, les ateliers, les usines de construction d’avion et les chantiers navals.[1] Les femmes ont aussi trouvé des emplois dans les domaines des transports, de la force policière, de la fonction publique, des banques, des compagnies d’assurance et des fermes.

Monument aux infirmières

Monument à la mémoire des infirmières Première Guerre mondiale http://postalhistorycorner.blogspot.ca/

En plus d’occuper des emplois au Canada, plusieurs femmes ont traversé l’Atlantique afin de travailler auprès des hommes. Bien qu’elles ne pouvaient pas se battre, 2 400 infirmières canadiennes se sont occupées des soldats canadiens et alliés dans les hôpitaux militaires. Certaines d’entre elles ont ensuite été reconnues pour leur courage et le Monument commémoratif des infirmières militaires situé au Parlement à Ottawa rend hommage à leur service.[2] Pour la première fois dans l’histoire, les femmes se sentaient importantes et capables d’oeuvrer ailleurs qu’au sein de leur famille.

Les nouveaux rôles joués par les femmes les ont poussées à s’affirmer davantage et à s’impliquer dans la vie publique. Elles ont commencé à prendre leur place dans les domaines sociaux tels que le journalisme, le travail social, l’enseignement et la santé publique. De plus en plus, on voyait des femmes se lancer en médecine et en droit. Elles voulaient se faire reconnaître. Dans les grandes villes, les femmes demandaient de meilleures conditions de travail, des logements plus adéquats et une amélioration de l’hygiène et certains groupes offraient de la formation pour les femmes.

Les femmes ont aussi réclamé le droit à la propriété foncière. Des réformatrices telles que Emily Murphy ont persuadé des législateurs à adopter des lois telles que le Married Women’s Relief Act, qui accordait aux veuves une partie de l’héritage de leurs maris.[3] Les femmes revendiquaient des choses qu’elles n’avaient jamais demandées auparavant et plusieurs lois ont été passées pour leur accorder plus de droits. Leurs façons de penser avaient complètement changées. Les suffragettes continuaient de militer pour le droit de vote. Leur première victoire fût le 26 janvier 1916 pendant la Première Guerre mondiale, alors que les femmes obtenaient le droit de vote aux élections provinciales du Manitoba. En 1914, Nellie McClung, leader du mouvement Political Equality League avait affirmé au Premier Ministre du Manitoba Rodmond Roblin « qu’elle et ses partisans finiraient par avoir sa peau. »[4] Quelques mois plus tard, l’Ontario, la Saskatchewan, l’Alberta et la Colombie-Britannique ont suivi en accordant elles aussi le droit de vote aux femmes. Durant la Première Guerre en 1917, le gouvernement canadien a passé la Loi des élections en temps de guerre qui citait que toutes les femmes infirmières de l’armée et les femmes ayant un fils, mari ou frère dans l’armée pouvaient voter aux élections fédérales.[5] Grâce à leurs efforts pendant la Première Guerre mondiale, les femmes du Canada ont obtenu le droit de vote en 1918.[6]

Durant la Première Guerre mondiale, les femmes ont pratiqué des emplois qui, avant, étaient donnés uniquement aux hommes. Cette contribution importante a ouvert les yeux aux Canadiens qui ont commencé à comprendre que les femmes étaient aussi importantes que les hommes. Le rôle des femmes durant la Première Guerre mondiale a changé la perception complète de l’image de la femme au Canada. Grâce à l’importance de la guerre, les stéréotypes masculins et féminins ont commencé à disparaître et cette nouvelle vision a inspiré le monde d’aujourd’hui où hommes et femmes peuvent évoluer de façon égale. L’évolution de la femme a inspiré d’autres groupes minoritaires à lutter eux aussi pour obtenir des droits tels que les Premières Nations, les immigrants et les étudiants souhaitant à leur tour s’émanciper comme les femmes l’ont fait pendant la Première Guerre mondiale.

[1] Jacques Paul COUTURIER et Réjean OUELLETTE, L’expérience canadienne, des origines à nos jours, page 284.

[2] ANCIENS COMBATTANTS CANADA, « Infirmières militaires du Canada », page consultée le 9 avril 2015. http://www.veterans.gc.ca/fra/remembrance/those-who-served/women-and-war/nursing-sisters

[3] Garfield NEWMAN, Regard sur le Canada, Montréal, Chenelière, page 97.

[4] MANITOBIA. Ressources numériques sur l’histoire du Manitoba, « Les femmes obtiennent le vote », page consultée le 11 avril 2015. http://manitobia.ca/content/fr/themes/wwv.

[5] Garfield NEWMAN, Regard sur le Canada, Montréal, Chenelière, page 97.

[6] Jacques Paul COUTURIER et Réjean OUELLETTE, L’expérience canadienne, des origines à nos jours, page 286.

NOTE : Ce texte fut également publié dans La Tribune de Nipissing Ouest.

PRIX : http://www.histoirecanada.ca/Prix-Histoire/Prix-pour-eleves/Textes-gagnants?year=2015